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    La France a oublié l'amoureuse bonté de Dieu !

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    saint-michel

    Masculin Messages : 474
    Date d'inscription : 14/02/2016

    La France a oublié l'amoureuse bonté de Dieu !

    Message par saint-michel le Lun 29 Aoû - 15:23



    Voici un discours d’une extraordinaire actualité qui a été prononcé à la Basilique du Sacré Cœur de Montmartre, le 5 juin 1891, par le feu Jacques-Marie-Louis Monsabré, prêtre dominicain français et prédicateur de renom. Ce discours véritable met en valeur ce qui détruit progressivement, et de plus en plus vite, notre civilisation : l’égoïsme, la cupidité, l’athéisme voué à se glorifier soi-même pour ses propres plaisirs, la haine de l’autre et la déchristianisation massive.
    « LE ROI D’AMOUR
     ÉMINENTISSIMES SEIGNEURS,
     MESSEIGNEURS,
     MES FRÈRES,
    Depuis bientôt vingt ans nous attendons la bienheureuse fête qui nous rassemble aujourd’hui dans ce nouveau temple. Un illustre et vénérable prélat, dont la mémoire est chère à ce diocèse et à toute l’Eglise de France, l’a préparée avec un pieux amour et une patiente sollicitude, et j’ai eu l’honneur, vous devez vous le rappeler, d’être publiquement son interprète pour proposer à la France entière un vœu national, et son inscription au frontispice d’un monument destiné à en perpétuer le souvenir. Ce vœu le voici :
    « Christo ejusque Sacratissimo Cordi Gallia poenitens et devota. » « Au Christ et à son Sacré Cœur la France pénitente et consacrée. »
    Quelles étaient alors nos espérances ? — Hélas ! nous avions hâte de sortir du profond abîme d’humiliation et de misère où nous avaient plongés la guerre étrangère et la guerre civile, et nous pensions que Dieu, touché d’une promesse solennelle exprimant à la fois notre repentir et notre amour, daignerait jeter sur nous un regard de miséricorde et nous rendre promptement, avec la paix, l’honneur et les vertus d’une nation très chrétienne.
    Eh bien, non. Après vingt ans, notre état semble pire qu’au lendemain de nos malheurs. Au dedans, les divisions et les querelles de partis, l’exploitation gloutonne et malhonnête du pouvoir et de la fortune publique, la persécution haineuse du Christ et de son Eglise, l’étouffement graduel et savamment calculé des plus saintes et des plus chères libertés, de larges voies ouvertes à la licence de l’impiété, du libertinage et du crime : et cela sous les yeux d’une masse de conservateurs inertes, qui craignent, en se concertant pour la défense des grands intérêts religieux, nationaux et sociaux, de déranger leurs petites affaires et leurs plaisirs ; sous la poussée d’un prolétariat famélique, que l’oppression d’un travail sans pitié et sans merci a exaspéré, et qui rêve une tempête sociale au risque de s’y noyer. Au dehors, la haine et le mépris des nations ennemies, qu’inquiètent nos armements ruineux et nos agitations politiques, que réjouit le travail insensé de notre décomposition et qui n’attendent qu’un prétexte pour en finir avec nous.
    N’avons-nous donc fait auprès de la miséricorde de Dieu qu’une tentative inutile, et nous a-t-il abandonnés ?
    Gardons-nous de le croire, mes frères. Ce n’est pas la première fois que Dieu retarde l’heure de sa miséricorde. Il a suspendu pendant plus de quarante siècles l’accomplissement de la promesse, qu’il avait faite à notre premier père, de sauver l’humanité pécheresse, attendant la plénitude de nos maux et de nos désirs pour introduire dans le monde son Verbe Rédempteur. N’avait-il pas le droit de retarder notre salut, et d’éprouver, par ce retard, la sincérité de nos vœux ? Si l’église, dans laquelle nous chantons aujourd’hui la gloire du Christ et de son Sacré Coeur, n’eût été que le monument de notre reconnaissance, notre légèreté l’eût peut-être oubliée dans ses fondements. Dieu a voulu qu’elle fût le monument de nos désirs, et la voilà debout au sommet de cette sainte colline, dominant de près la ville tumultueuse qui s’agite à ses pieds, et, de loin, le pays que déshonorent tant d’actes impies et que troublent tant de passions malsaines. Montmartre d’un côté, la France de l’autre, nous pouvons espérer que ceci sauvera cela.
    « Levate capita, quoniam appropinquat redemptio vestra » : « France, relève la tête, parce que ta rédemption est proche. »
    Grâce aux largesses de la piété chrétienne, le palais du roi d’amour est prêt ; sur chacune de ses pierres on peut lire : Amour et sacrifice. Venez, Christ béni, entrez dans votre demeure, installez sur son trône le Cœur Sacré qui doit répandre sur nous ses grâces et nous donner, les grandes leçons d’amour dont nous avons besoin pour coopérer à l’œuvre de notre restauration. Vous l’avez dit vous-même : Toute la loi est contenue dans ces deux commandements, que pour notre malheur nous avons oubliés : Aimer Dieu, aimer les hommes ; voilà ce que je veux dire avec vous. Bénissez ma parole, ô divin
    roi, afin que je puisse faire comprendre au peuple qui m’écoute, à mon pays tout entier, que vous voulez régner sur nous par l’amour, et qu’il n’y a de salut pour nous que dans l’amour dont votre cœur est à la fois le provocateur, le modèle et le consommateur.
    I
    Aimer Dieu, c’est le devoir de l’homme, parce que l’homme, créature intelligente, est seul capable de comprendre que le premier être est la souveraine beauté, et mérite, à ce titré, le suprême hommage de tous les cœurs ; bien plus encore, parce que l’homme, en toute sa nature, est l’œuvre d’une bonté infinie qui s’est montrée prodigue de bienfaits.
    Aimer Dieu, c’est le devoir du chrétien, parce que le chrétien est le prix des humiliations, des souffrances et de la mort du propre Fils de Dieu, immolé pour le salut du genre humain ; parce que le chrétien racheté a reçu dans son âme une vie nouvelle qui le transforme et le divinise ; parce que le chrétien surnaturellement engendré par Dieu peut aller puiser, à chaque instant, aux sources de grâces qui le guérissent de ses maux, l’illuminent, le fortifient, le perfectionnent et le préparent à l’ineffable bonheur de voir Dieu, de posséder Dieu, de vivre en Dieu et de Dieu pendant l’éternité.
    Aimer Dieu, c’est, j’ose le dire, notre devoir national, parce que, plus que tous les peuples, nous avons été l’objet des attentions de la Providence. Laissez-moi vous rappeler ces attentions dont je vous ai déjà parlé lorsque je vous demandais une amende honorable et un vœu.
    « Dieu nous a comblés de ses biens. Il nous a donné le fortuné pays où rien ne manque pour faire un peuple heureux et prospère, la France, qu’on a appelée le plus beau des royaumes après celui du Ciel. — Il nous a prodigué toutes les gloires : gloire de la législation, de la magistrature et des armes ; gloire de la science, des lettres et des arts ; gloire du dévouement, de l’apostolat et de la sainteté. — Il nous a délivrés plusieurs fois du péril de mort, et quand la valeur des hommes ne répondait pas à ses desseins miséricordieux, il faisait des miracles et humiliait nos ennemis devant une fille des champs.— Il n’a point permis que nous fussions détachés, comme tant d’autres peuples, du corps de son Eglise, par le schisme et l’hérésie, et à l’heure où nos autels renversés par l’impiété gisaient près d’un trône treize fois séculaire, il a suscité pour les relever le plus grand capitaine des temps modernes. — Il nous a demandé des services d’ami qui ont mérité à la France, avec l’admiration et la reconnaissance du monde catholique, les titres de nation très chrétienne et de fille aînée de l’Eglise. — Souvent il nous a envoyé sa très sainte Mère pour nous consoler, nous encourager, nous avertir, nous reprocher nos fautes, nous inviter à la pénitence. Partout nous rencontrons des monuments qui nous rappellent ses apparitions bénies. Enfin c’est à nous qu’il a montré le Cœur de son divin Fils et qu’il a promis le triomphe de son amour. »
    Il semble, mes frères, qu’un immense cri de reconnaissance et d’amour devrait répondre tant de bienfaits. Mais non : hommes, chrétiens et Français, nous sommes ingrats. Votre fidèle amour proteste, sans doute, contre les défaillances du cœur qui nous déshonorent, et cette église votive, que des milliers de dons ont édifiée, témoigne que vous n’avez pas perdu le souvenir de l’amoureuse bonté de Dieu ; mais autour de cette église, autour de vous, quel oubli !
    La France, depuis un siècle, a rompu le pacte sacré qui l’unissait à Dieu. Baptisée après une miraculeuse victoire, elle était fière de son baptême et se plaisait à servir la cause du roi des rois. Un jour même, l’héroïque vierge qui la sauvait de la mort osa demander au roi Charles VII le don de son royaume pour prix de ses services. Le roi, étonné, le lui donna après quelque hésitation, et Jeanne d’Arc, l’ayant accepté, voulut que l’acte de donation fût dressé par les quatre secrétaires du roi. Après que l’acte fut Signé, Jeanne donna la France à Dieu et rappela au roi qu’il n’était plus que le lieutenant du roi du ciel devenu roi de France. Nos rois ne comprirent pas bien cette nouvelle et glorieuse investiture, mais, encore, se souvenaient-ils que la France était un royaume chrétien dont les lois, les coutumes, les institutions politiques et sociales devaient être pénétrées de l’esprit du Christ. Cherchez maintenant cet esprit dans la France nationalement déchristianisée, vous ne le trouverez plus. Engouée des droits de l’homme, elle a oublié les droits du roi suprême, et l’impiété, âpre à la destruction de nos religieux souvenirs, en a fait disparaître jusqu’à la dernière trace. Finalement, elle a signifié à Dieu qu’on ne le prierait plus, parce qu’on n’a plus besoin de lui.
    Il n’y a plus de France chrétienne ! Mais, au moins, il y a encore des chrétiens en France. Hélas ! quels chrétiens ! Quand vous aurez mis à part le trop petit nombre d’âmes fidèles qui se souviennent pratiquement de leur baptême, vous n’aurez plus sous les yeux qu’une foule immense de gens qui ne savent plus ce que c’est que de vivre surnaturellement et qui n’ont plus gardé des habitudes chrétiennes, si toutefois ils ne les ont pas totalement répudiées, que de rares actes religieux imposés par les convenances et la routine. Combien qui vivent éloignés des sacrements, sources de la grâce ? Combien qui ont déserté nos temples et qu’on ne voit plus près de l’autel, centre du culte que l’humanité chrétienne doit à Dieu ! Combien qui ne tiennent plus aucun compte des lois évangéliques et des préceptes de leur sainte mère l’Église ! Combien qui ne se rappellent plus que le Christ a possédé leur âme et qu’il ne peut y avoir de salut qu’en lui ! Combien qui ont perdu la notion de sa divinité ! Combien qui, sciemment et volontairement, le ravalent à la condition d’un sage vulgaire, dont on peut juger la doctrine et mépriser l’autorité.
    Encore, s’il restait beaucoup d’âmes naturellement religieuses et pénétrées de la croyance en Dieu et en sa providence ! Mais non. On ne cesse d’être chrétien que pour se livrer au culte des idoles qui ont remplacé l’Olympe des païens. Les honneurs, la richesse, le bien-être, le plaisir recrutent des milliers d’adorateurs dont l’âme ne s’élève jamais au-dessus de cette misérable terre, et ne va jamais plus loin que le temps présent : êtres matérialisés, qu’on voit vivre et mourir sans Dieu.
    Et cet oubli de Dieu, n’est pas encore le comble de nos fautes. Nous sommes allés jusqu’à la méconnaissance de Dieu, jusqu’au mépris formel, jusqu’au blasphème. Le blasphème ! le plus grand des crimes ! Car s’il est un ordre et une grandeur dans le mal, saint Thomas a bien dit :
    « L’infidélité étant le plus grand des péchés, combien plus grand est le blasphème qui en est l’expression et qui l’aggrave. »
    Le blasphème peut s’appeler, par rapport aux autres péchés, un péché générateur. Il a commencé la longue série des prévarications commises depuis l’origine des siècles, dans le ciel et sur la terre. Le cri de Lucifer emporté par son orgueil vers le trône de Dieu :
    « Je monterai, et je serai semblable au Très-Haut », c’était un blasphème.
    Le cri que poussera la race des pervers éternellement broyée dans les étreintes de la justice divine, ce sera un blasphème. Péché générateur de tous les maux, il en est la consommation, et déjà on peut l’appeler, dans le cœur et sur les lèvres de l’impie, un péché de réprouvé. Eh bien ! vous ne l’ignorez pas, mes frères, notre siècle est un siècle de blasphémateurs. Je ne parle pas de ces blasphémateurs vulgaires qui profanent journellement le saint nom de Dieu, ni de ces lâches qui, sous les coups de la douleur, suspectent et accusent ses perfections infinies, mais de ceux qui, sous le couvert de la science, insultent les plus saintes vérités. Dieu, sa providence, ses œuvres, son Fils, son Eglise, ils n’ont rien épargné. On les a entendu dire :
    « La science suppose qu’il n’y a pas d’être libre supérieur à l’homme. — Dieu n’est qu’une hypothèse. — Il n’y a pas plus de Dieu dans le monde que d’âme dans l’homme. — Dieu n’est pas encore, il se fait. — Il n’y a pas en Dieu de perfection absolue, car la perfection absolue serait le néant. — Le Dieu du christianisme s’en va et se fond à vue d’œil. — L’humanité se substitue à Dieu. — Elle devient sa providence. — Dieu n’a pas fait l’homme ; l’homme est un perfectionnement de l’animal, son âme est une fonction du système nerveux, et sa pensée est inhérente à la substance cérébrale. — L’immortalité de l’âme est un non-sens. — La morale n’a d’existence que dans l’humanité. — L’homme fait la sainteté de ce qu’il croit, comme la beauté de ce qu’il aime. — Le vice et la vertu sont des produits comme le sucre et le vitriol. — Jésus-Christ n’est qu’un moraliste aimable, habile et peu sincère. — Ce qui a fait sa grandeur aux yeux de ses contemporains et de ses premiers adorateurs est pour nous une tache dans son idéal. — Son Évangile n’est que le testament d’une société agonisante. — Ses dogmes ont fait leur temps. — Sa religion tombe en lambeaux. — Son Église est une ennemie systématique des lumières et du progrès ; il faut mettre à exécution contre elle la grande pensée du siècle passé : « ÉCRASONS L’INFAME ! » »

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