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    Les oranges

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    saint-michel

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    Date d'inscription : 14/02/2016

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    Message par saint-michel le Mer 27 Sep - 10:03

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    Ariste avait un fils unique qu’il aimait tendrement et que les plus heureuses qualités rendaient digne de toute son affection. Cependant ce jeune homme lui causait depuis quelques jours une vive inquiétude, par la liaison qu’il avait imprudemment formée avec des jeunes gens dont la sagesse était plus que suspecte. Ce bon père l’avertit plusieurs fois du péril auquel il s’exposait : il lui représenta combien il était facile à son âge, et avec son peu d’expérience, de se laisser séduire ; et il l’exhorta fortement à rompre un commerce qui pouvait avoir des suites funestes. Eugène (c’était le nom du jeune homme) s’efforça de dissiper les craintes de son père ; il lui assura que les leçons de vertu qu’il avait reçues de lui étaient trop bien gravées dans son cœur, pour que les discours ou même les exemples de ses nouveaux amis pussent les lui faire oublier :
     « J’ose même espérer, ajouta-t-il, que, bien loin d’être perverti par eux, je les convertirai moi-même : je l’essaierai du moins. »


    Ariste voyait avec peine la téméraire confiance de son fils. Cependant, ne voulant pas user de l’autorité paternelle pour lui interdire cette dangereuse société, il imagina un moyen ingénieux de lui faire sentir combien son espérance était mal fondée.



    Il remplit une boîte de très belles oranges, parmi lesquelles il en mit, à dessein, une qui était un peu gâtée ; ensuite ayant fait venir Eugène :
     « Mon fils, lui dit-il, je vais vous faire un présent dont j’espère que vous me saurez gré. Je connais votre goût pour les oranges, en voilà de fort belles que je vous donne, pour en faire un tel usage que vous voudrez. »


    Le jeune homme, bien reconnaissant d’un si agréable cadeau, s’empresse d’ouvrir la boîte. Il admire la beauté des oranges, il les contemple avec une vive satisfaction. Mais en les examinant de près, il en aperçoit une qui n’est pas aussi saine que les autres.
     « Mon père, dit-il aussitôt, voilà une orange qui commence à se gâter ; il ne faut pas la laisser avec les autres.
     – Pourquoi, mon fils ? répondit Ariste. Elle n’a qu’une petite tache qui disparaîtra bientôt.
     – Ah ! Mon père, reprit Eugène, cette tache ne fera qu’augmenter : c’est un commencement de corruption, qui se communiquerait à toutes les autres oranges, si je n’y mettais ordre.
     – Il ne faut rien déranger, dit Ariste ; mais soyez sans inquiétude, je vous réponds de vos oranges. Ne voyez-vous pas qu’une seule étant malade, toutes les autres, qui sont saines, la guériront infailliblement ?
     – Ah ! Mon père, répliqua Eugène tout triste, je n’espère point cette guérison, et je tiens toutes mes oranges perdues, si vous ne me permettez de séquestrer celle-là.
     – Eh bien ! Mon fils, reprit le père, je veux vous convaincre que ma conjecture est plus juste que la vôtre. Laissez vos oranges renfermées dans leurs boites et confiez-les-moi pendant huit jours : au bout de ce temps nous les visiterons ensemble, et vous verrez avec joie qu’elles seront toutes dans le meilleur état du monde. »


    Eugène se soumit avec respect à la volonté de son père ; mais il se retira très-persuadé qu’il ne devait plus compter sur ses oranges.



    Les huit jours lui parurent bien longs ; et à peine étaient-ils expirés, qu’il vola au cabinet de son père, pour assister à l’ouverture de la boîte qui renfermait son trésor. Ariste l’ouvre aussitôt. Mais quel triste spectacle ! Ces oranges, qui flattaient si agréablement la vue et l’odorat, ne sont plus qu’un amas de pourriture.
     « Je vous l’avais bien dit, mon père, s’écrie Eugène en laissant échapper quelques larmes de dépit. Si vous aviez voulu m’en croire, mes pauvres oranges ne seraient pas dans l’état où je les vois.
     – J’avoue, mon fils, répondit Ariste, que j’ai été trompé dans mon attente. Vous aviez raison de me représenter que la mauvaise orange infecterait toutes les bonnes, et que toutes les bonnes n’amélioreraient pas la mauvaise. Mais raisonnons un peu d’après cette expérience. Si une seule orange tachée a gâté toutes les autres qui étaient parfaitement saines, comment pouvez-vous espérer que plusieurs jeunes gens débauchés ne corrompront pas un jeune homme vertueux ? Et si plusieurs oranges saines n’ont pu corriger le vice naissant d’une seule, comment vous flattez-vous qu’un seul jeune homme sage réformera une société de libertins ? »


    Eugène sentit la justesse de ce raisonnement. Il comprit que c’était à cette conclusion que son père avait voulu l’amener. Il le remercia d’une si utile leçon, qui le dédommageait avantageusement de la perte de ses oranges ; et il lui promit d’en profiter, en rompant sans retour avec ses nouveaux amis.


    Spoiler:

      La date/heure actuelle est Dim 9 Aoû - 1:52