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    Une mère qui connaît son métier - St Jean Bosco

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    saint-michel

    Masculin Messages : 381
    Date d'inscription : 14/02/2016

    Une mère qui connaît son métier - St Jean Bosco

    Message par saint-michel le Dim 18 Sep - 11:05



    Comme promis, nous publions le livre « Telle mère, tels fils » de la vie de saint Jean Bosco dont les pages sont consacrées à Mamma Margherita. Le troisième chapitre s’intitule « une mère qui connaît son métier ».


    « Telle mère, tels fils ». Chapitre III. Une mère qui connaît son métier. Page 18 à 26


    « Le chef de la famille disparu, sa veuve prit en main les rênes du commandement, et l’on vit alors quelle maîtresse femme était cette paysanne sans lettres, mais dont la foi valait toutes les expériences. Le travail de ses bras, son courage, sa belle humeur et sa confiance en Dieu, firent marcher la maison comme aux temps de son mari. Sa belle-mère, infirme et presque toujours clouée au lit, reçut tous les soins qu’elle attendait, et trôna au milieu de l’humble logis comme l’aïeule la plus vénérée ; ses fils, ses trois fils, entre qui elle ne faisait pas de différence, quoique le premier sortit d’un autre lit, furent élevés avec douceur et fermeté, dans l’exercice des vertus chrétiennes par cette mère admirable, qui, de vingt-neuf à quarante-cinq ans, n’eut plus un instant de repos qu’elle ne les eût vus établis chacun dans sa voie.


    Elle avait, cette pauvre piémontaise sans lettres, le sens inné de l’éducation. Rien ni personne, pas plus le prêtre en chaire ou au catéchisme, que l’instituteur à l’école, ne peuvent remplacer la mère : elle seule fait les cœurs. Tâche sublime, que Marguerite Bosco avait instinctivement comprise. Aussi comme elle s’y appliquait !


    À la base de cette éducation comme à son sommet, il y avait Dieu. Chaque matin et chaque soir, devant le crucifix, les trois bambins en file, avec les deux femmes par derrière, s’agenouillaient, et la prière de ces cinq cœurs demandait le pain de chaque jour, le courage pour le devoir, le pardon de toute faute. À peine la raison était-elle éclose dans ces petites cervelles qu’on les conduisait au prêtre pour l’aveu des premiers péchés. En toute occasion on leur rappelait la présence du grand témoin de nos actes et de nos pensées, témoin qui demain en sera le juge.


    « Dieu vous voit, mes petits, répétait souvent la mère, Dieu vous voit. Moi je puis être absente : Lui est toujours là. »


    Et cette pensée du Créateur, elle saisissait la plus petite occasion pour la grave au cœur de ses fils, dans la variété de ses aspects. Par une nuit étoilée, au seuil du logis, elle leur disait :


    « Tous ces astres merveilleux, c’est Dieu qui les a mis là-haut. Si le firmament est si beau, que sera-ce du paradis ? »


    Ou bien, devant une de ces aurores magnifiques qui jetait sur la ceinture neigeuse des Alpes fermant l’horizon des teintes d’escarboucle sans pareilles :


    « Que de merveilles le bon Dieu a faites pour nous, mes enfants ! »


    La grêle avait-elle ravagé, en tout ou en partie, l’humble vignoble de la famille :


    « Courbons la tête, mes enfants, murmurait-elle. Le bon Dieu nous les avait données ces belles grappes, le bon Dieu nous les reprend. Il est le Maître. Pour nous c’est une épreuve ; pour les méchants c’est une punition. »


    Et quand, par les soirs d’hiver, pelotonnés autour d’une bûche flambante, la famille entendait siffler le vent du nord ou la pluie glaciale marteler le toit :


    « Mes petits, comme nous devons aimer le bon Dieu qui nous fournit le nécessaire. Il est vraiment notre père, notre père qui est aux cieux. »


    Et pourtant, en ces années terribles, le nécessaire dont cette mère remerciait Dieu se réduisait parfois à bien peu de choses. 1815 et 1816 furent pour le Piémont particulièrement durs, en raison de gels tardifs et d’une sécheresse sans pareille, qui réduisirent à néant les moissons du pays. La pauvre maison des Becchi conservait le souvenir cruel d’un soir où l’on n’avait plus rien, absolument rien, à se mettre sous la dent. Depuis deux jours un ami battait la campagne et les marchés pour acheter à n’importe quel prix de quoi nourrir ces cinq bouches : peine perdue ; il était revenu les mains vides. La pauvre femme ne savait plus à quel saint se vouer, en face de ces trois petits et de leur grand-mère exténués de faim. Il restait bien dans l’étable les deux bonnes bêtes auxquelles toute famille paysanne demande une part de sa substance quotidienne : une vache et son veau ; mais en sacrifier une n’était-ce pas, si la disette se prolongeait, aventurer l’avenir. L’âme de Marguerite était perplexe : c’était donc le moment de prier. La famille réunie se mit à genoux pour implorer le conseil d’en-haut ; après quoi, comme décidée par sa prière, la mère aidée du voisin piqua droit à l’étable. Quelques minutes après le veau était abattu ; quelques heures après tous ces estomacs apaisaient les souffrances qui les torturaient depuis des jours.


    Ce n’était pas seulement aux besoins du corps que songeait cette mère vigilante : plus qu’à tout elle pensait à la formation de l’âme, et elle commençait par nourrir les pensées de ses enfants de la pure doctrine de la foi. Elle ne savait ni lire, ni écrire, cette femme, mais tout son catéchisme elle l’aurait récité par cœur, et l’Histoire Sainte en entier et surtout la Vie de Notre-Seigneur. De sa mémoire toute cette doctrine de vie passait, ânonnée patiemment, dans celle de ses garçons. Elle eût été un peu excusée par ses soucis quotidiens de s’en remettre pour ce travail au zèle du curé de Castelnuovo ; mais en Italie, de nos jours encore, hélas, les catéchismes d’enfants n’ont lieu qu’en carême, et pour ses petits c’était dix kilomètres à parcourir chaque jour ; elle préféra leur enseigner elle-même tout ce qu’elle savait, quitte à faire contrôler et achever l’ouvrage par le curé de la paroisse.


    Les trois garçons étaient aussi tenus à l’écart des compagnies dangereuses. Certes, elles étaient rares alors, mais la brebis galeuse, capable d’infecter l’étable entière, se rencontre partout et toujours ; et de mauvais camarades les petits Bosco en coudoyaient, sans le savoir. Mais elle, la mère, savait.


    « Maman, pouvons-nous aller jouer avec un tel qui nous appelle ?
    – Oui, mes petits. »


    Et les enfants couraient joyeux sur l’aire devant la porte.


    Parfois c’était un « non » très décidé qui répondait au désir des enfants, et alors, pour tout l’or du monde, ils n’auraient franchi le seuil du logis.


    Maman Marguerite avait aussi ce talent, de dégager du plus petit incident de la vie de chaque jour une leçon profitable à l’âme de ses fils. Un jour, le petit Jean découvrit dans le tronc d’un saule un nid de fauvettes, dont il brûla sur l’heure de s’emparer. Mais il calcula mal son mouvement, et sa main, glissée entre deux branches, y fut retenue comme dans un étau. Il s’efforça de la retirer, mais en vain : il dut appeler sa mère qui, après l’avoir délivré, lui dit :


    « Vois mon petit Jean, c’est ainsi que la justice de Dieu et des hommes finit toujours par s’emparer de ceux qui ne respectent pas le bien d’autrui. »


    Une autre fois, Marguerite avait décidé de donner à un parent éloigné un gros chien de garde, très attaché aux enfants, mais grevant par trop l’humble budget de la famille. On le conduisit donc à son nouveau maître ; mais les enfants n’étaient pas de retour que le chien avait déjà regagné sa première niche. On ramena la bête à son propriétaire et, cette fois, pour plus de sûreté, on l’enchaîna. Mais au premier instant de liberté le bon dogue s’enfuit et revint au Bechi. Alors Marguerite se fâcha, et alla prendre un bâton ; mais, loin de s’enfuir, le bon chien vint tendre l’échine, préférant les coups au renvoi. Tout émue, la maman dit alors à ses fils :


    « Quelle fidélité et quel attachement chez cette bête ! Si nous avions tous la même soumission envers notre Créateur, comme le monde irait mieux, et comme Dieu en retirerait gloire ! »


    De combien de vertus cette demeure n’était-elle pas le théâtre ! Avant toutes choses, Marguerite voulait que ses enfants fussent des travailleurs : pas l’ombre d’oisiveté dans leurs journées ! À quatre ans, le petit Jean effilochait déjà les tiges de chanvre ; plus tard, lui comme ses frères aidaient aux humbles travaux domestiques : couper du bois, puiser de l’eau, éplucher des légumes, balayer les chambrettes, mener les bêtes aux champs, nettoyer l’étable, gauler les arbres du pré, ramasser les branches mortes dans les bois voisins pour alimenter la flamme sous la marmite, suspendre les grappes de maïs, pour les faire sécher, aux montants du balcon, surveiller la cuisson du pain, traire les vaches, que sais-je encore ? On travaillait aux Becchi.


    Et l’on menait une vie volontairement dure. Cette mère prévoyante voulait préparer ses fils aux difficultés de l’existence en leur faisant une âme résistante à tout. Dans l’humble chaumière, le soleil faisait lever tout le monde été comme hiver ; pas de grasses matinées ; on se secouait, et puis, hop, debout ! Le petit déjeuner était réduit à sa plus simple expression ; une tartine de pain sec ; les marches à pied, bien longues, n’effrayaient aucune de ces petites jambes, et nous verrons plus tard, Jean se rendre quatre fois par jour en classe au prix de vingt kilomètres ; le soir, si un mendiant de passage demandait leurs services, ou la nuit si un voisin malade faisait appel à leur charité, nos gars étaient debout et se prêtaient à toute espèce de bons offices ; quand ils regagnaient leurs lits, ce n’était pas un matelas de laine ou de varech qui les accueillait, mais la rude et saine paillasse de feuilles de maïs. Éducation solide, un peu à la spartiate, qui fit de ces trois enfants de rudes gaillards, ne rechignant jamais devant une corvée un peu rude.


    Ils ne rechignaient pas non plus devant l’ordre le plus insignifiant de la mère. Maman Marguerite voulait être obéie, et elle l’était. Chaque jeudi elle partait pour Castelnuovo au marché avec son beurre et ses œufs et, avant de partir, elle distribuait sa tâche à chacun des garçons. Au retour, l’après-midi, avant de sortir du panier le morceau de brioche qu’elle leur apportait chaque fois, il fallait qu’ils rendissent des comptes.


    « Antoine, Joseph, Jean, voyons si mon travail est fait et bien fait. »


    Et chacun des garçons de montrer qu’il avait pleinement obéi à sa mère.


    « C’est bien, disait alors Marguerite, heureuse et fière, c’est bien : voici votre morceau de brioche. »


    On était pauvre aux Becchi, très pauvre, mais précisement pour cela il y avait toujours place pour le mendiant qui heurtait. Comme l’on savait le logis hospitalier, les clients ne faisaient pas défaut. La plupart du temps c’étaient ou de vrais misérables, ou des colporteurs de passage ; quelquefois aussi des déserteurs de l’armée de Napoléon, cachés dans les bois voisins, ou d’authentiques bandits traqués par la maréchaussée. La nuit tombée ces gens venaient frapper à la bonne porte, qui s’ouvrait toujours. Au voyageur de passage, on tendait l’écuelle de soupe et la tranche de polenta et on lui montrait dans la paille voisine la place qui l’attendait. Parfois, il n’avait pas le temps de s’y blottir, car au bas de la montée apparaissaient déjà les carabiniers royaux : il fallait décamper par une porte pendant que ceux-ci, entrés par l’autre, étaient priés de s’asseoir, de boire un coup de vin, de se chauffer à leur aise et de faire comme chez eux. Il arrive même un certain jour que ces malheureux n’eurent pas le temps de fuir et se cachèrent tremblants dans l’étable, séparés des gendarmes par un mur, au travers duquel ils pouvaient suivre les propos inquiétants de Pandore, racontant sur les traces de qui il marchait. Mais jamais sous le toit de Marguerite le droit d’asile ne fut violé : la maréchaussée savait que la maison s’ouvrait à tous, à eux comme à leurs clients, sans distinction, en toute charité, et, à cause de cela, leurs investigations s’arrêtaient au seuil de la bonne demeure. Et tous ces braves amis, comme les appelait Marguerite, quand l’heure de se retirer était venue, ne manquaient pas, au moins en signe de gratitude, de ployer les genoux avec la famille, retrouvant au fond de leur mémoire quelques bribes de prières pour répondre au Pater et à l’Ave. Avant de quitter le toit charitable, les colporteurs laissaient même souvent leur hôtesse jeter dans leur pacotille un regard qui voulait s’assurer qu’ils n’allaient pas vendre de la marchandise dommageable aux âmes.


    Toutes ces vertus dont l’exemple façonnait lentement le cœur de ses garçons, Marguerite s’ingéniait à y plier ses fils plus par la douce fermeté de ses procédés, que par l’accent de l’autorité qui en impose la pratique. Avec un sens exquis de la mesure, elle savait se tenir à égale distance de la sévérité qui enfle la voix, se montre intraitable, recourt aux moyens de la violence, et de la fausse douceur qui tente d’arriver à ses fins par des flatteries, des cajoleries. Pas plus de sottes caresses que de cris farouches : le calme, la sérénité, la maîtrise de soi, la vraie douceur, armes puissantes, presque toujours victorieuses. Elle ne frappait pas ses enfants, mais elle ne leur cédait jamais ; elle menaçait de sévir, mais se rendait au premier signe de repentir ; elle fermait les yeux sur ces vétilles qui prennent tant d’importance aux yeux de certains parents modernes, mais elle les ouvrait bien grands sur les tendances fâcheuses de ses fils pour les redresser sur l’heure ; elle souriait aux accès de joie tapageuse des garçons, mais elle ne leur passait aucun caprice. Surtout, elle inspirait à ses enfants, pour se faire obéir, une tendresse très vive à son égard et une crainte extrême de lui déplaire. Et ce double sentiment, nourri au cœur de ces trois petits chrétiens, la faisait arriver à ses fins. »


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