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    Saint Rémi de Reims, apôtre des Francs

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    Jean De Roquefort

    Masculin Messages : 74
    Date d'inscription : 24/01/2016

    Saint Rémi de Reims, apôtre des Francs

    Message par Jean De Roquefort le Sam 3 Fév - 8:35

    Saint Rémi de Reims, apôtre des Francs
     
    Source : https://www.notrehistoireavecmarie.com//fr/esc/saint-remi-de-reims-apotre-des-francs/?utm_source=Une+minute+avec+Marie+%28fr%29&utm_campaign=3c825ed983-NHM_2017_N57&utm_medium=email&utm_term=0_a9c0165f22-3c825ed983-104975621
    Évêque métropolitain de Reims (Marne) à partir de 461, pendant plus de 70 ans, Saint Remi rend l’âme à 96 ans, selon la tradition, après un long apostolat en faveur des pauvres et d’une Église plus structurée. Il a réorganisé la vie religieuse de son diocèse et de sa province et conféré le baptême à Clovis (autour de 496), fondateur du royaume des Francs.

    Un évêque gallo-romain - Éléments d’introduction

    Remi (Remigius, Remegius, sans accent à l’origine en français) est issu d’une famille de l’aristocratie gallo-romaine attachée à l’Empire, auquel elle a donné de grands serviteurs. La tradition le fait naître à Cerny-en-Laonnais (Aisne), près de Laon. Son nom ne désigne pas une origine ethnique (même s’il est tentant de le rapprocher de Reims et du peuple rème) mais est dérivé de Remex, le rameur. C’est un nom rare. Dans les sources écrites ou épigraphiques, on n’en connaît que trois : un magister officiorum, chef des bureaux impériaux avec rang honorifique de clarissime (retiré à Mayence, qui pourrait être son trisaïeul) ; un préfet d’Égypte, de rang sénatorial ; et un évêque d’Aix entre 396 et 419. Ces trois carrières dessinent d’ailleurs l’évolution classique de l’aristocratie cultivée qui a basculé vers le christianisme, devenu religion de l’Empire. Servir l’Église, c’était continuer à servir l’Empire et à le défendre comme un rempart à opposer aux barbares, largement massés à ses frontières. Le père de Remi, Émile, commandait la place-forte de Laon ; sa famille était liée à Aetius puis à Egidius, les derniers généraux des armées romaines en Gaule, mais aussi à Childéric (mort en 481) – le père de Clovis – un roi franc fédéré établi par Rome pour défendre la frontière septentrionale. Un allié fidèle mais resté païen, comme en témoignent les chevaux sacrifiés autour de son tombeau, retrouvé à Tournai, pour lui permettre de chevaucher dans l’au-delà.

    Contexte historique

    Remi naît en entre 437 et 439 dans une Gaule encore placée sous le pouvoir de Rome ; Aetius y maintient une sécurité relative. Le 20 juin 451, la victoire des Champs Catalauniques (entre Châlons-en-Champagne et Troyes) contre les Huns d’Attila prouve le bien-fondé de l’alliance romaine avec des militaires germains, dont les Francs, qui exercent une autorité de fait sur la province de Belgique seconde, dont Reims est la métropole. C’est là que le jeune Remi fait ses études. Bon élève, il apprend à bien écrire, discourir et versifier en latin ; il acquiert une culture biblique et la connaissance du droit romain, un bagage spirituel et intellectuel nécessaire à la fonction épiscopale, à laquelle il est élu en 461. Qu’il soit devenu évêque n’est pas étonnant, compte-tenu de ses origines, c’est son jeune âge qui surprend (22 ans selon son biographe Hincmar), alors qu’on choisissait plutôt un homme mûr compte-tenu des importantes responsabilités spirituelles et temporelles que la fonction impliquait dans la cité. Progressivement, dans la débandade des cadres romains, l’épiscopat, par délégation de l’empereur ou par la force des choses, s’est trouvé investi des fonctions délaissées par les magistrats municipaux, de moins en moins empressés à se dévouer à la chose publique. Recommandé par sa ferveur – il semble avoir été attiré par la vie érémitique – Remi l’est aussi par la position de sa famille, favorable à l’alliance franque pour défendre un ordre romain contre les ambitions centrifuges des Burgondes et Wisigoths. Ceux-ci, établis respectivement dans le sud-ouest et le centre-est de la Gaule, ont rompu le pacte avec l’Empire et par leur adhésion à l’hérésie arienne menacent l’unité de l’Église.

    Saint Remi et Clovis

    Ce contexte éclaire la lettre de Remi à Clovis, dont il salue l’avènement en 481, à la mort de Childéric, comme un nouveau chef de la province. Ce n’est pas une main audacieusement tendue à un barbare, comme on le dit encore parfois à tort, mais l’expression d’une collaboration déjà entamée, ce qui l’autorise, sur un ton paternel, à faire des principes chrétiens le fondement de son gouvernement : « Ta bonté doit s’exercer de manière intègre et honnête. Tu devras t’en rapporter à tes évêques et recourir toujours à leurs conseils… Rends courage aux citoyens, relève les affligés, favorise les veuves, nourris les orphelins… Que la justice sorte de ta bouche… Tu possèdes certaines richesses paternelles avec lesquelles tu libéreras les prisonniers et tu délieras du joug de la servitude. » Commence alors pour Clovis un long cheminement personnel jusqu’au baptême, dont la date n’est pas établie avec certitude. L’histoire a retenu la promesse au « dieu de Clotilde » (la princesse catholique burgonde qu’il avait épousée) à la bataille de Tolbiac contre les Alamans et l’année 496. C’est en interprétant à la lettre le récit de l’Histoire des Francs de saint Grégoire de Tours, rédigée deux générations plus tard, que cette année 496 s’est longtemps imposée. Mais il faut faire la part du symbole. Grégoire date en lustres : Clovis est roi à 15 ans, baptisé à 30 (comme Jésus), mort à 45, après un règne partagé en parts égales autour d’un point culminant, le sacrement reçu à Reims. Des sources font état d’un passage préalable à Saint-Martin de Tours, l’historien Michel Rouche a proposé l’année 498, au retour d’une expédition menée sur Bordeaux, ou 499, le temps de l’instruire dans la foi. Mais Tours n’ayant été conquise sur les Wisigoths qu’en 507, Ian Wood et Alain Dierkens proposent 507 ou 508 pour le baptême de Clovis. Cette dernière date correspond à l’envoi, par l’empereur Anastase, depuis Constantinople, d’une chlamyde (draperie) de pourpre et d’un diadème donnant au roi des Francs le titre de patrice et une légitimité reconnue dans l’ordre romain. Clovis est en effet le premier roi barbare converti au catholicisme, avant même les rois ariens qui étaient pourtant déjà chrétiens.

    Le baptême, choix personnel de Clovis

    Quelle que soit la durée de sa réflexion, la conversion de Clovis apparaît bien, à la lecture des sources, comme une décision personnelle et non un calcul intéressé :
    -      D’abord, contemporaine de son baptême, une lettre adressée à Clovis par l’évêque de Vienne, saint Avit : « Le choix que vous faites par vous-même est une sentence qui vaut pour tous… Irons-nous prêcher la foi au chrétien converti accompli, cette foi qu’avant cet accomplissement vous avez vue sans prédicateur ? »
    -      L’épitaphe rédigée par saint Remi lui-même pour Clovis dans la basilique parisienne des Saints-Pierre-et-Paul, devenue Sainte-Geneviève : « Rempli d’amour pour Dieu, il a dédaigné de croire à mille divinités… Bientôt lavé par les eaux et né à nouveau de la fontaine du Christ… il a donné l’exemple que suit la foule innombrable du peuple gentil ; et, méprisant l’erreur de ses ancêtres, ce peuple va adorer Dieu, son créateur et véritable père. »
    -      La lettre de l’évêque de Trèves saint Nizier à la reine Chlodoswinde, petite-fille de Clovis et Clotilde, mariée au roi des Lombards dans l’espoir qu’elle le convertisse : « Tu as appris de quelle manière ta grand-mère, la maîtresse de bonne mémoire Clotilde, était venue en Francie et comment elle amena le seigneur Clovis à la loi catholique. Et lui, comme c’était un homme des plus astucieux, ne voulut pas acquiescer avant qu’il n’eût fini par comprendre que ces choses-là étaient vraies. Lorsqu’il s’aperçut que les démonstrations que je viens de faire plus haut [les nombreux miracles de guérison au tombeau de saint Martin de Tours] étaient prouvées, il tomba humblement à genoux sur le seuil du bienheureux Martin et il promit de se faire baptiser sans délais. »
    Que retenir de ces textes ? D’abord une certaine sympathie de Clovis pour le christianisme et les évêques des Gaules, ce qui permet à saint Remi de lui proposer un code éthique, déplaçant la lettre officielle sur un ton personnel mettant l’accent sur la justice et la charité. Ensuite le rôle de l’épouse. Dans la famille, petite Église, l’Esprit-Saint est à l’œuvre. Clovis a fait un choix personnel quand il a fini par comprendre ce qu’était la vraie foi. La conversion est le fruit de la liberté, de la grâce, du témoignage d’une foi vivante, en l’occurrence celle des pèlerins de Saint-Martin. Saint Remi n’a pas exercé de contrainte, il ne s’est pas livré à un chantage politique – comme on le dit trop souvent – le baptême contre le ralliement des évêques des Gaules. En bon pasteur, il a eu la joie de recevoir Clovis dans l’Église, après avoir parachevé son instruction, ce qui était sa fonction de docteur de la foi.
    L’absence de contrainte est ce qui ressort aussi de la conversion – d’ailleurs progressive – du peuple franc. Quand la conversion du chef est uniquement politique, celle du peuple est imposée par la loi. Cujus regio, ejus religio dira-t-on plus tard. Clovis a cheminé longtemps, il a donné l’exemple. Dans les récits de la vie de saint Remi, on ne voit pas l’évêque lancer de prédication véhémente contre le paganisme, détruire des temples ou renverser des idoles. La prédication de la foi ne justifie pas l’exercice de la violence. Il faut laisser agir le Verbe.

    Saint Remi, bon pasteur

    Il ne faut pas réduire le ministère de saint Remi au baptême de Clovis, si important soit-il. Pendant son long épiscopat, il œuvre pour l’évangélisation de son diocèse et de la province dont il est le métropolitain. Son testament exprime clairement son souci des pauvres, du clergé et des paroisses rurales qu’il développe pour améliorer l’encadrement religieux des fidèles, alors que la vie ecclésiale est à cette époque essentiellement urbaine, autour de la cathédrale. Certes, il n’a pas encore le moyen de mettre en place un réseau complet dans des campagnes, au demeurant peu peuplées. Il s’attache à doter financièrement les églises établies dans les chefs-lieux des pagi (circonscription territoriale rurale) de son vaste diocèse, les circonscriptions les plus éloignées de Reims, les territoires du Porcien, du Castrice (Mézières), de Voncq et de Mouzon, dans l’actuel département des Ardennes. Des clercs bien formés sont capables de relayer la prédication de l’évêque. On sait que saint Remi a composé un recueil d’homélies, hélas perdu, destiné à aider les prêtres. L’évêque s’appuie sur le clergé séculier déconcentré en petites communautés rayonnantes ; le monachisme n’est pas encore développé, il faut attendre les VIIe et VIIIe siècles pour le voir à l’œuvre dans les campagnes.

    À l’écoute des plus pauvres

    Dans sa ville épiscopale, il ne se contente pas de soulager ponctuellement les misères qu’il rencontre, il met en place des institutions assurant la pérennité à l’exigence de charité. L’un des premiers en Gaule, il conçoit une véritable politique de l’assistance en fondant une matricule des pauvres, destinée à drainer les dons des fidèles pour les redistribuer aux plus déshérités (la matricule est par définition la liste des immatriculés). À côté de la cathédrale, l’évêque entretient un xenodochium, étymologiquement un « lieu d’accueil de l’étranger », de tous ceux qui sont déracinés ou délaissés, qu’il faut abriter et soigner. Au Moyen Âge, cette institution a pris le beau nom d’« Hôtel-Dieu ».

    L’Église redynamisée

    Enfin il se préoccupe de la province. Au tournant du Ve siècle, la situation de la Gaule du Nord-Ouest est dramatique, elle est ravagée par les troubles qui ont marqué l’effondrement de l’Empire romain d’Occident (476) et la lutte pour le pouvoir avant le triomphe des Francs. Alors que la plupart des cités de Belgique seconde avaient un évêque au IVe siècle, on n’en trouve plus trace. Seuls sont occupés les sièges les plus méridionaux, Châlons et Senlis. À la fin de l’épiscopat de saint Remi, il y a des évêques à Amiens, Beauvais, Senlis, Soissons, Châlons, Laon, Saint-Quentin, Arras/Cambrai, Tournai. Les sièges épiscopaux ont été créés ou recréés par ses soins. C’est lui qui envoie saint Vaast, arrivé à Reims avec Clovis dont il avait assuré la formation catéchétique, dans la cité d’Arras accablée par les invasions. La liste épiscopale de Soissons, interrompue, retrouve des titulaires avec son frère Principe puis son neveu Loup. C’est à saint Remi qu’on doit l’érection du siège de Laon, par démembrement du très vaste diocèse de Reims. Le contexte favorable du règne de Clovis puis de son fils Thierry, qui fait de Reims la capitale de la part du royaume qu’il obtient en héritage en 511 (la future Austrasie), facilite assurément la naissance ou la renaissance d’églises catholiques dynamiques dans les principales cités de la province. Saint Remi apparaît comme le grand coordinateur et, plus concrètement, le consécrateur d’une nouvelle génération d’évêques.

    Saint Remi meurt le 13 janvier 533 (ou 532) à l’âge de 96 ou 97 ans, après un riche épiscopat (plus de 70 ans). Enseveli au sud de la ville de Reims, dans le quartier des nécropoles antiques, il est rapidement porté sur les autels et devient le patron du diocèse. Ses reliques ont échappé au vandalisme révolutionnaire ; il repose encore dans la belle basilique que les moines bénédictins ont édifiée aux XIe et XIIe siècles.

    Homélie de Jean-Paul II à l’aéroport de Reims le 22 septembre 1996

    Chers Frères et Sœurs de France ici rassemblés,
    L'Évêque de Rome salue en cette commémoration solennelle d'un événement marquant de l'histoire de votre pays. Je remercie l'Archevêque de Reims, Monseigneur Defois, de son accueil, ainsi que tous les Évêques qui m'entourent. Et je suis heureux de la présence de pasteurs et de fidèles venus des pays voisins qui partagent le même héritage. Je salue spécialement les Cardinaux et les Évêques venus de nombreux pays d'Europe. J'adresse un salut fraternel aux représentants des autres confessions chrétiennes, dont la présence témoigne de leurs liens amicaux avec les catholiques de France. Je voudrais aussi offrir mes vœux fervents à la communauté juive, qui entre ce soir dans le jeûne et la prière de Kippour. Je salue cordialement les Autorités civiles qui s'associent à cette célébration festive.
    2. « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Éphésiens IV, 5). La liturgie de cette Messe nous invite à retrouver les sources de notre baptême. Voici quinze siècles, le roi des Francs, Clovis, reçut ce sacrement. Son baptême eut le même sens que tout autre baptême. Rappelons-nous les paroles du Christ : « Personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jean III, 5). Il fut ainsi donné au souverain des Francs d'être appelé à la vie du Royaume de Dieu. Il avait longtemps médité le message chrétien dont témoignaient auprès de lui Clotilde, Remi, Vaast, Geneviève. Il fit le choix de renoncer à l'esprit du mal, à tout ce qui conduit au mal et à tout orgueil ; en même temps, il professait la foi de l'Église et il adhérait au Christ, le Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité pour la rédemption du monde. Le baptême l'a libéré du péché originel et de tout péché commis antérieurement et, par la grâce sanctifiante, l'a fait participer à la vie de Dieu. Ses compatriotes baptisés avec lui reçurent les mêmes dons, Ils devinrent chrétiens, fils adoptifs de Dieu. Ils devinrent aussi membres du Peuple de Dieu, l'Église.
    3. Nous avons écouté le prophète Ézéchiel. Ses paroles soulignent particulièrement ce second aspect du baptême. Il s'adresse aux fils et aux filles du Peuple de Dieu, au pluriel et non au singulier, et cela a une signification. Il dit : « J'irai vous prendre dans toutes les nations... Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. De toutes vos souillures, ... je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau... Alors vous suivrez mes lois, et vous observerez mes commandements et vous y serez fidèles » (Ézéchiel XXXVI, 24-27). Quand le nouveau baptisé reçoit l'Esprit, il entre dans la communauté des baptisés, enrichie par ce don, la communauté que Dieu rassemble et purifie pour lui donner un Esprit nouveau. Le prophète Ézéchiel s'adresse au Peuple de Dieu de la Première Alliance, à Israël. Le Peuple de la Nouvelle Alliance, ce sont tous les baptisés, provenant de tous les peuples et de toutes les nations, et chacune de ces nations a sa propre histoire : une histoire marquée par l'adhésion au Christ d'hommes et de femmes des générations successives.
    4. L'Évangile de cette Messe, à son tour, montre que le baptême concerne aussi la communauté tout entière. Le Christ dit aux disciples : « Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde » (Matthieu V, 13, 14). Parlant ainsi, il pense à chaque personne : tout chrétien est le sel de la terre et chacun doit s'employer à ne pas laisser ce sel perdre sa saveur ; s'il le laisse s'affadir, il n'est plus bon à rien. Mais, en même temps, le Christ, s'adresse à toute la communauté ; vous, chrétiens baptisés, vous, catholiques de France, comme communauté, vous pouvez conserver la saveur du message évangélique, ou alors vous pouvez le perdre. En tant que communauté, portant dans votre cœur la lumière qui vient de Dieu, vous pouvez être la lumière qui illumine les autres, comme une ville située sur une montagne, ou bien vous pouvez devenir le contraire de cette lumière qui illumine les autres. Les hommes peuvent voir ce que vous faites de bien et en rendre gloire au Père qui est aux cieux (cf. Matthieu V, 16), ou bien ils peuvent ne pas le voir, peut-être simplement parce que la lumière reste cachée sous le boisseau, ou encore parce qu'elle s'affaiblit !
    Cette grande célébration jubilaire du baptême vous donne l'occasion de réfléchir sur les dons que vous avez reçus et sur les responsabilités qui en découlent. Au cours des siècles, ces dons ont été, assurément, multipliés de nombreuses fois en tous ceux qui sont devenus dans votre pays le sel de la terre, en ceux qui ont fait resplendir et qui continuent à faire resplendir la grande lumière du témoignage chrétien, de l'apostolat, de l'esprit missionnaire, du martyre, de toutes les formes de la sainteté. Que l'on pense aux martyrs depuis Pothin et Blandine de Lyon, aux pasteurs comme Martin ou Remi, François de Sales ou Eugène de Mazenod, aux saintes femmes comme Jeanne d'Arc, Marguerite-Marie ou Thérèse de Lisieux, aux apôtres de la charité comme Vincent de Paul, aux saints éducateurs comme Nicolas Roland ou Jean-Baptiste de La Salle en cette ville même, aux fondatrices missionnaires comme Anne-Marie Javouhey ou Claudine Thévenet. Ce grand jubilé du baptême doit vous amener à dresser un vaste bilan de l'histoire spirituelle de « l'âme française ». Vous vous souviendrez certes de temps obscurs, de bien des infidélités et des affrontements, conséquences du péché. Mais vous vous souviendrez que toute traversée de l'épreuve est un appel pressant à la conversion et à la sainteté, afin de suivre jusqu'au bout le Christ qui a livré sa vie pour le salut du monde. C'est quand la nuit nous enveloppe que nous devons penser à l'aube qui poindra, que nous devons croire que l'Église chaque matin renaît par ses saints. « Qui l'a une fois compris, disait Bernanos, est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle... une espérance surhumaine » (Geroges Bernanos, Jeanne, relapse et sainte).
    5. Saint Paul écrivait aux Éphésiens : « Je vous encourage à suivre fidèlement l'appel que vous avez reçu de Dieu » (Éphésiens IV, 1). Paul pense évidemment à la vocation personnelle de chacun des destinataires de cette lettre, mais, là encore, il s'adresse à toute la communauté de l'Église qui est à Éphèse. En tant qu'Église, les Éphésiens doivent se comporter de manière digne de leur vocation, avec humilité et avec douceur, avec patience et avec charité (cf. Éphésiens IV, 2). Tous devraient avoir à cœur « de garder l'unité dans l'Esprit, par le lien de la paix » (cf. Éphésiens IV, 3). Pour que le Corps du Christ soit uni, il faut que tous soient animés par le même Esprit. Paul écrit : « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous qui règne au-dessus de tous, par tous, et en tous » (Éphésiens IV, 5-6). Tous les baptisés sont appelés à l'unité : l'unité de la foi, de la charité et de la vie chrétienne, l'unité sacramentelle de l'Église. Cette unité est l'œuvre de Dieu de l'Esprit-Saint et, en même temps, elle est confiée à chacun pour qu'il y contribue selon ses propres dons. Dans le contexte du jubilé célébré aujourd'hui, les paroles de saint Paul présentent une profonde signification. C'est justement parce que vous avez derrière vous tant de siècles de christianisme que vous êtes appelés à agir de manière digne de la vocation chrétienne. La vocation des baptisés a une dimension constante, éternelle, et elle a une dimension particulière, temporelle. En un sens, les chrétiens de notre temps ont la même vocation que les premières générations de chrétiens de votre terre, et, en même temps, leur vocation est déterminée par l'étape présente de l'histoire. L'Église est toujours une Église du temps présent. Elle ne regarde pas son héritage comme le trésor d'un passé révolu, mais comme une puissante inspiration pour avancer dans le pèlerinage de la foi sur des chemins toujours nouveaux. L'Église va entrer dans son troisième millénaire. Il faut déchiffrer notre vocation chrétienne en fonction de notre temps, à la lumière des enseignements du Concile Vatican II sur l'Église, Lumière des nations, et sur l'Église dans le monde de ce temps : dans une attitude fraternelle, avec amour pour tous les hommes, l'Église n'a d'autre but que de « continuer, sous la conduite de l'Esprit consolateur, l'œuvre du Christ lui-même, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi » (Gaudium et Spes, n°3). Catholiques de France, en communion dans la foi, l'espérance et l'amour avec vos frères de toutes les régions du monde, soyez aujourd'hui le vivant reflet du visage du Christ, présent en son Corps qui est l'Église !
    6. Frères et Sœurs, nous avons chanté comme refrain du psaume : « J'ai choisi d'habiter la maison de Dieu, j'ai choisi le bonheur et la vie ! ». Que cette célébration jubilaire du baptême de Clovis vous remplis, de joie, car elle rappelle le choix accompli il y a quinze siècles. Il faut se réjouir pour le choix renouvelé au cours des siècles par tant et tant de fils et de filles de votre terre ; il faut se réjouir maintenant pour le choix fait par notre génération, au terme du deuxième millénaire. « J'ai choisi d'habiter la maison de Dieu » : ces paroles nous placent aussi dans la perspective eschatologique de la vocation chrétienne, dans la perspective de la fin des temps, quand le Christ rassemblera tous les membres de son Corps dans le Royaume du Père. Par don de la grâce, nous pouvons aussi chanter : « J'ai choisi le bonheur et la vie ». Oui, habiter dans la maison de Dieu est source de vie et de bonheur. Nous rappelons ceux qui nous ont précédés et qui sont accueillis désormais dans la maison de Dieu ; nous prions en même temps pour ceux qui sont sur le chemin et pour que beaucoup d'autres s'y engagent. Que ne cesse de briller la lumière de la foi ! Soyez dans la joie d'avoir choisi librement d'être unis au Christ par le baptême afin de marcher avec vos frères sur les chemins de vie !
    De cette façon, nous célébrons aujourd'hui le XVème centenaire du baptême du Roi Clovis. Amen !

    « Courbe-toi, fier Sicambre… »

    Au moment du baptême de Clovis, l’historien Grégoire de Tours attribue à saint Remi une phrase restée célèbre sous la forme suivante : « Courbe-toi, fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ». Il s’agit d’une traduction littéraire datant des débuts de la IIIe République exprimant dans l’esprit de l’évêque le retournement complet qui devait se produire avec le baptême du roi. Le mot Sicambre désigne les Francs de manière poétique depuis le début du IVe siècle. La phrase provient peut-être d’une vie de saint Remi aujourd’hui perdue.

    Les fruits du baptême de Clovis

    Le triomphe de type impérial célébré par Clovis en 508 marque sa victoire sur les Wisigoths établis en Aquitaine depuis 418, devenus rebelles à l’ordre romain. C’est un coup d’arrêt aux forces centrifuges qui menaçaient la Gaule d’éclatement, pour bâtir un nouvel État, un État de droit. Francs et Gallo-romains sont jugés chacun selon leur loi, mais ils ont désormais la même foi, car la défaite du roi wisigoth, puis à la génération suivante celle du roi des Burgondes, font disparaître l’arianisme. « Votre foi, c’est notre victoire ! » Ce cri du cœur de l’évêque de Vienne montre la joie de l’épiscopat catholique. Le baptême de Clovis et de son peuple a permis la naissance d’une Église franque, fidèle à Rome, et cela pour des siècles. Peut-on dire de ce baptême qu’il a été celui de la France ? Clovis est baptisé avec ses 3 000 soldats francs, ce qui confère une dimension collective à son acte. Le sacre de presque tous les rois de France aura lieu par la suite à Reims, avec l’huile de la Sainte Ampoule, en rappel de cet événement. Il faut cependant nuancer. Le royaume des Francs du VIe siècle n’est pas réductible à la France d’aujourd’hui, car des Pyrénées au Rhin il comprenait aussi le Bénélux et une partie de l’Allemagne. Nous n’en sommes pas les seuls héritiers, même si nous avons gardé le nom de famille, et il nous faut raisonner à l’échelle de la vieille Europe chrétienne. La fusion réussie de l’héritage gréco-romain et des apports germaniques dans le creuset du christianisme, voilà ce qui nous façonne encore et cela justifie pleinement de garder précieusement la mémoire de cet acte fondateur, dont saint Remi fut le célébrant.

    La conversion des rois barbares

    Aux IVe et Ve siècles, les frontières nord de l’Empire romain (au-delà du Rhin et du Danube) sont occupées par une série de peuples dits barbares. Les Germains de l’Est ont été largement christianisés par un prêtre arien (ne croyant pas à la divinité de Jésus), Wulfilas ou Ulfilas : Wisigoths, Ostrogoths, Vandales, Burgondes, Suèves, Lombards. Au contraire, les Germains de l’Ouest (Francs, Angles, Jutes, Saxons) et les peuples non germaniques (Avars, Hongrois, Vikings) n’ont pas encore été touchés par la christianisation.
    Après les Grandes invasions, contre toute attente, presque tous ces peuples se convertissent au catholicisme en arrivant dans les territoires de l’ancien Empire romain d’Occident.

    Francs : Clovis en 496-498, après la bataille de Tolbiac (converti par sa femme Clotilde et par saint Remi). C’est le premier roi barbare converti au catholicisme (paradoxe : c’est un païen, avant les peuples ariens).

    Burgondes : saint Sigismond (converti dès 502 à 506 par saint Avit) est roi en 516.

    Vandales : ariens non convertis, ils sont battus en 534 par Justinien (Empire byzantin).

    Suèves : le roi Cararic en 550 (guérison de son fils par les reliques de saint Martin de Tours), mais ils sont battus par les Wisigoths ariens en 585.

    Ostrogoths : ariens non convertis, ils sont battus en 553 par Justinien (Empire byzantin). Wisigoths : le roi Récarède en 587 (son père Léovigilde, mort en 586, avait fait tuer son fils aîné Herménégilde en 585).

    Lombards : le roi Agilulf en 607 (converti par sa femme Théodelinde), puis Aripert, roi en 653.

    Jutes du Kent : le roi Éthelbert 597 (converti par sa femme Berthe, princesse mérovingienne), baptisé par saint Augustin de Cantorbery.

    Saxons de l’Essex : le roi Saeberth 604 (neveu d’Ethelbert), mais ses fils sont restés païens, puis le christianisme est rétabli par le roi Sigeberht le Bon vers 653.

    Angles de Northumbrie : le roi saint Edwin 627 (converti par sa femme Aethelburh de Kent).

    Angles d’East Anglie : le roi Aerpwald entre 627 et 632 (grâce à saint Edwin), mort martyr vers 632, puis le christianisme est rétabli par son frère Sigeberht peu après.

    Saxons du Wessex : le roi Cynegils en 635.

    Saxons du Sussex : le roi Aethelwaelh vers 660.

    Angles de Mercie : le roi Wulfhere vers 660.
    Sources documentaires :
    -       Bourgain Pascale et Heinzelmann Martin, « ‘Courbe-toi, fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé’ : à propos de Grégoire de Tours, Histoire, II, 31 », Bibliothèque de l’école des Chartes, n°154-2, 1996, p. 591-606.
    -       Demouy Patrick, Petite vie de saint Remi, Paris, Desclée de Brouwer, 1997.
    -       Isaia Marie-Céline, Remi de Reims. Mémoire d’un saint, Histoire d’une Église, Paris, Cerf, 2010.
    -       Rouche Michel, Clovis, Paris, Fayard, 1996.

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