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    Les origines de la gnose

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    saint-michel

    Masculin Messages : 382
    Date d'inscription : 14/02/2016

    Les origines de la gnose

    Message par saint-michel le Dim 28 Fév - 8:47



    La gnose qui hante les esprits du XXIe siècle puise ses sources, non pas dans un lointain passé obscur, mais, dans les travaux mensongers de Simon le Mage. Grâce à l’ouvrage « sainte Cécile et l’empire Romain » de l’abbé Dom Guéranger, nous apprenons que le but de l’hérésiarque Simon « était d’y faire des prosélytes à son hérésie, qui réunissait en faisceau un christianisme tronqué, un débris de la mythologie grecque, avec les rêveries panthéistiques de l’Orient. ».


    Avant de continuer cet article, il faut absolument relever, au passage, une citation de saint Pierre, figurant à la page 156, qui devrait nous édifier puisque l’apôtre semble parler de notre siècle : « Ils ne parleront que de liberté, dit-il, lorsqu’eux-mêmes seront esclaves de leurs propres vices. Mieux eût valu pour eux demeurer païens, n’avoir pas connu le chemin de la justice, que de retourner ainsi en arrière. »


    Laissons maintenant le pieux abbé de Solesmes nous compter les origines de la gnose.


    « sainte Cécile et la société Romaine ». Tome I. Page 89 et 90


    « Il serait impossible de déterminer avec certitude les autres régions que Pierre évangélisa dans le cours de cette période ; mais nous savons par une lettre du pape saint Agapet (535) qu’il fonda des églises dans la Thrace. Enfin le moment arriva où il dut songer à revoir les contrées de l’Occident. Rome en particulier avait besoin de lui. Pierre apprenait que l’ivraie était semée dans le champ qu’il avait cultivé. L’hérésiarque Simon le Mage, qu’autrefois il avait confondu à Samarie, et qui, en diverses circonstances, s’était attaché à ses pas, après avoir essayé de répandre ses impies systèmes et ses pratiques impures dans les chrétientés de l’Orient, venait d’aborder à Rome. Son but était d’y faire des prosélytes à son hérésie, qui réunissait en faisceau un christianisme tronqué, un débris de la mythologie grecque, avec les rêveries panthéistiques de l’Orient. Plus tard, ces éléments se condensèrent, et formèrent la prétendue gnose, qui couvrit tant d’ignobles mystères. Simon avait tout préparé, et il se promettait, en employant quelques termes chrétiens et en flattant la curiosité superstitieuse par l’appât d’initiations secrètes, d’attirer à sa suite un nombre plus ou moins grand des disciples de Pierre, dont il se posait comme le rival. Pierre ne voulait être que le vicaire du Christ : Simon se donnait pour la vertu même de Dieu. Pierre venait purifier les mœurs du genre humain, en relevant la famille et en faisant revivre la dignité de la femme : Simon traînait après lui sa prostituée Hélène, à laquelle il faisait rendre, comme à lui-même, les honneurs divins. Au reste, il avait plus d’une ressource : indépendamment de l’appel qu’il faisait aux passions honteuses, les sciences occultes lui étaient familières. Dès longtemps les esprits infernaux le trompaient, en secondant ses désirs pervers ; mais le jour devait venir où il serait trahi par eux sous les yeux mêmes de Pierre.


    En attendant, la majesté de l’apôtre, l’énergie divine qu’il avait reçue en sa qualité de pêcheur d’hommes, la pureté et la sagesse de son enseignement neutralisèrent les résultats que le faux apostolat de Simon avait pu produire, et s’il parvint à séduire quelques chrétiens, c’est qu’ils étaient de ceux dont parle saint Jean, qui montrent assez par leur défection « qu’ils n’étaient pas des nôtres ». (I Johan., II.) »


    « sainte Cécile et la société Romaine ». Tome I. Page 141 à 143


    « Mais avant de sortir de ce monde, Pierre devait avoir triomphé de Simon, son ignoble antagoniste. L’hérésiarque ne s’était pas contenté de séduire les âmes par ses doctrines perverses ; il eût voulu imiter Pierre dans les prodiges que celui-ci opérait. Mais les miracles de Pierre avaient pour but d’amener par des bienfaits les hommes à confesser la divinité de la doctrine chrétienne ; tandis que Simon ne cherchait que la faveur et la célébrité, au moyen de prodiges équivoques, dus à l’intervention des esprits ennemis de l’homme. Il annonça un jour qu’il volerait dans les airs. Le bruit de cette nouveauté se répandit dans Rome, et le peuple se félicitait de contempler cette ascension merveilleuse. Si l’on s’en rapporte à Dion Chrysostome, Néron aurait retenu quelque temps à sa cour le personnage qui s’était engagé à cette tentative aérienne. Il voulut même honorer de sa présence un si rare spectacle. (Orat. XXI.) On dressa la loge de l’empereur sur la voie Sacrée, où la scène devait se passer. La déception fut cruelle pour l’imposteur.



    « À peine cet Icare se fut-il lancé, dit Suétone, qu’il alla tomber près de la loge de l’empereur, qui fut inondé de son sang. » (In Neronem, cap. XII.)

    Nous avons voulu raconter d’abord le fait sur le témoignage de l’historien païen, et le lecteur ne sera pas étonné du nom mythologique employé par Suétone pour désigner le triste héros de l’aventure. Les écrits apocryphes ayant compromis cette histoire auprès de certains esprits ombrageux, il n’était pas inutile de faire voir que la substance du fait est rapportée par un contemporain qu’on n’accusera sans doute pas de christianisme. Maintenant il nous sera permis d’ajouter qu’à partir d’Arnobe, auteur chrétien du troisième siècle, toute la tradition des Pères s’accorde à attribuer à Simon le Mage la catastrophe à laquelle Suétone ne consacre qu’une seule phrase, dans un passage où il décrit le goût de Néron pour les spectacles.



    L’accord des plus graves écrivains de l’antiquité chrétienne sur la chute honteuse de l’hérétique n’est pas moins unanime pour attribuer à l’intervention de Pierre l’humiliation infligée au jongleur samaritain au sein même de Rome, où il avait osé se poser comme un rival du vicaire du Christ. Outre Arnobe, saint Ambroise, saint Augustin, saint Maxime de Turin, saint Philastre de Brescia, et parmi les Orientaux, le compilateur des Constitutions apostoliques et Théodoret, affirment que la victoire fut due aux prières que Pierre adressa à Dieu pour déjouer les prestiges dont Satan avait espéré entourer son apôtre. Quelques autres Pères, parmi lesquels on compte saint Cyrille de Jérusalem, nous montrent Paul unissant ses prières à celles de Pierre, et obtenant concurremment avec lui cette chute compromettante qui discrédita l’imposteur. Il est naturel de penser que l’apôtre des gentils ne pouvait demeurer indifférent à une lutte engagée entre la vérité et l’erreur, et que son intervention était acquise d’avance à la cause de Dieu ; mais Simon était à Rome le rival de Pierre et non celui de Paul ; il appartenait donc principalement à Pierre de lui faire sentir la puissance du glaive spirituel. »


    « sainte Cécile et la société Romaine ». Tome I. Page 149


    « Après avoir honoré les chaînes du docteur des gentils, nous revenons à Pierre, dont les jours s’écoulent avec une rapidité non moins grande. La catastrophe de Simon le Mage, qui avait été une humiliation pour Néron lui-même, avait dû préoccuper l’opinion publique. Naturellement le nom des chrétiens fut mis en avant, le nom de ces hommes « d’une superstition nouvelle et malfaisante », comme dit Suétone, digne émule de Tacite. (In Neronem, cap. XVI.) Beaucoup de gens étaient à même d’apprendre chaque jour que Pierre était le chef des chrétiens, que Simon avait la prétention de se poser comme son adversaire, qu’il y avait eu entre eux des controverses plus ou moins publiques. Le malheur arrivé à l’hérésiarque dont le déshonneur, aussi bien que le sang, avait rejailli jusque sur l’empereur, n’était-il point l’objet de quelque opération magique employée par le galiléen ? On sait que longtemps les païens cherchèrent à expliquer par la magie les prodiges si souvent opérés par les martyrs. »


    « sainte Cécile et la société Romaine ». Tome I. Page 156


    « Il insiste sur les bases de la foi, dont la solidité est inébranlable, étant fondée sur les saintes Écritures, qui doivent être acceptées comme l’œuvre de l’inspiration de l’Esprit-Saint, et non jugées, comme une œuvre humaine, par l’examen de la raison privée. Pierre a pour but, dans ces paroles, de prévenir les fidèles contre les hérétiques qui se montrent déjà et qui pulluleront bientôt. Il les appelle des docteurs de mensonge, qui introduiront des sectes de perdition, s’appuyant sur de fausses interprétations des livres saints. « Ils ne parleront que de liberté, dit-il, lorsqu’eux-mêmes seront esclaves de leurs propres vices. Mieux eût valu pour eux demeurer païens, n’avoir pas connu le chemin de la justice, que de retourner ainsi en arrière. »


    Portant ensuite son regard inspiré vers ces derniers temps où les hommes se feront adorateurs de la nature, jusqu’à croire à l’éternité du monde, Pierre ne veut pas quitter cette vie sans avoir encore affirmé le dogme de la création et celui de la destruction future de l’univers.



    « C’est, dit-il, par une ignorance volontaire que ces hommes ne savent plus que les cieux furent faits d’abord par le Verbe de Dieu, ainsi que la terre. Le même Verbe, ajoute-t-il, les conserve ; mais ils sont réservés pour être consumés par le feu, au jour du jugement et de la ruine des hommes pervers et impies. »



    Après combien de temps aura lieu la catastrophe ? l’apôtre ne le dit pas plus que ne l’a dit son Maître. Il se borne à déclarer que, « pour le Seigneur, mille ans sont comme un jour, et un jour comme mille ans. S’il diffère, c’est un effet de sa parole miséricordieuse ; c’est qu’il veut qu’aucun ne périsse, et il met chacun à même de revenir à lui par la pénitence. »


    Après cette longue période de mansuétude, « le jour du Seigneur, continue l’apôtre, viendra comme vient un voleur, et alors, dans une violente tempête, les cieux passeront, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec tout ce qu’elle porte sera consumée par le feu. » C’est ainsi qu’à l’exemple de son Maître, Pierre, à la veille de monter sur la croix, rappelait aux hommes la fin dernière de ce monde. »



    « sainte Cécile et la société Romaine ». Tome I. Page 307 à 312


    « Au milieu de tant de soins, le pieux pontife eut à subir une dure épreuve : ce fut, dans Rome, l’invasion des hérésies orientales. Depuis la défaite de Simon le Mage, la chrétienté romaine avait joui d’une paix profonde relativement à la doctrine. Les hérésies judaïsantes avaient fini par s’épuiser, même en Orient ; mais le père du mensonge ne renonçait pas à séduire les âmes, en propageant des systèmes hostiles à la foi. L’Orient lui tenait en réserve, pour attaquer le symbole chrétien, d’un côté le panthéisme qui faisait le fond des théogonies égyptiennes ; de l’autre le dualisme qui, de la Perse, infectait une partie de l’Asie. Simon avait, du premier coup, essayé une synthèse de ces erreurs diverses ; mais il s’était éteint rapidement, et son hérésie multiple allait être reprise en sous-œuvre. L’explosion eut lieu en Orient cette fois encore. Au même moment où un sectaire nommé Saturnin émettait son enseignement fondé sur le dualisme, Basilide produisait la théorie panthéiste de l’émanation sous des obscurités calculées qui devaient en voiler les conséquences aux âmes honnêtes. Son disciple Carpocrate eut moins de pudeur, et dans cette branche de la secte se produisirent bientôt les plus infâmes pratiques. Ce furent ces horreurs qui, ayant été constatées malgré le mystère dont les carpocratiens les entouraient, donnèrent lieu aux atroces calomnies que juifs et païens firent planer, durant plus d’un siècle, sur les chrétiens et sur leurs assemblées. Incestes, promiscuité, anthropophagie, rien n’était mieux démontré que ces crimes, par les découvertes que fit la police de l’Empire dans ces bas-fonds de l’hérésie. Les carpocratiens se vantant d’appartenir au christianisme, il fut aisé aux ennemis de la nouvelle religion, en s’adressant à la crédulité populaire, de répéter et de faire croire en tous lieux que telles étaient les mœurs des sectateurs du Christ.


    Un autre rameau du panthéisme, à l’état d’hérésie chrétienne, fut le système de Valentin qui prétendait posséder la gnose supérieure. Un amas de rêveries d’où sortaient ces « interminables généalogies » que saint Paul avait signalées d’avance ( I Tim., 1), formait le caractère de cette secte qui s’étendit et séduisit beaucoup d’imaginations, jusqu’à ce qu’épuisée par les divisions et subdivisions qu’elle enfantait, elle s’affaissât sur elle-même. Valentin, philosophe égyptien, puis chrétien, avait aspiré à la dignité épiscopale. On le trouva suspect, et son ambition déçue l’entraîna dans la voie de la perdition. Après avoir tenté quelques essais en Orient, il eut l’idée de se montrer à Rome. La vigilance d’Hygin ne tarda pas à démasquer ses mauvais desseins. Par trois fois, il fut condamné et signalé aux fidèles comme un docteur d’impiété, et, ne trouvant pas de crédit pour sa secte, il quitta Rome et s’en alla en Chypre, où il donna pleine carrière à son dogmatisme insensé.


    A peine Valentin avait-il délivré l’église romaine de sa présence, qu’un autre sectaire oriental venait à son tour y chercher fortune. C’était Cerdon, disciple de Saturnin, et, comme lui, apôtre du dualisme. Il fut aisé à Hygin de démêler le loup sous ses peaux de brebis. En face de la majesté du siège de Pierre, Cerdon ne put tenir longtemps. Il abjura son erreur ; mais le sectaire ne pouvait mourir en lui. Il revint à son vomissement, et Hygin se vit contraint de le dénoncer et de l’expulser de l’Église. Ce fut au milieu de ces labeurs que le zélé pontife quitta ce monde, pour aller recevoir la récompense de sa fidélité dans la garde du dépôt de la foi. Il mourut en l’année 142, et son corps fut déposé, près de ceux de ses prédécesseurs, à l’ombre de la crypte Vaticane.


    Pie Ier fut élu à la papauté en remplacement d’Hygin. II était d’Aquilée, et avait un frère, nommé Pastor, qui servait l’église romaine en qualité de prêtre. Il est probable que le nom sous lequel ils sont connus l’un et l’autre n’était que leur cognomen. Quoi qu’il en soit, on trouve sur les fastes, à l’année 163, un consul du nom de Pastor.


    Les premiers jours du pontificat de Pie furent troublés par l’arrivée d’un nouveau sectaire que l’Orient dirigeait encore sur Rome. C’était Marcion, né à Sinope en Paphlagonie. Excommunié pour un crime par son évêque qui était aussi son père, il venait demander sa réhabilitation à l’église romaine. On lui répondit que cette faveur pourrait lui être accordée, lorsque son évêque aurait levé la sentence portée contre lui. Marcion, dans sa colère, réplique que, puisque l’église romaine lui déniait sa communion, il allait désormais tout mettre en jeu pour la déchirer. Il alla donc trouver l’hérétique Cerdon, qu’il dépassa bientôt en audace, et scandalisa la chrétienté de Rome, en dogmatisant avec fureur, non seulement sous le pontificat de Pie, mais jusque sous Eleuthère. Prenant aussi pour base la doctrine des deux principes, il jugea à propos de simplifier les systèmes orientaux, afin d’arriver à un enseignement plus acceptable aux imaginations moins fantastiques de l’Occident.


    Ces efforts de l’hérésie pour s’implanter dans Rome devaient être vains. Quelques chrétiens sans doute pouvaient être séduits et payer cher leur imprudence ou leur vanité ; mais rien n’était capable de porter atteinte à la pureté de l’église mère. Sa foi, maintenue indéfectible par la prière du Christ, la rendait semblable au rocher, sur lequel le serpent ne saurait laisser sa trace. (Origène, In Matth., sect. XII.) Pour l’hérétique et pour l’hérésie, elle n’avait que des anathèmes ; mais durant plusieurs siècles il lui faudra vivre ayant, non dans son sein, mais près d’elle, de dangereux et obstinés sectaires. Ses vrais enfants ne seront pas trompés ; ils savent tenir à leur place ces prédicants de l’erreur.



    « Il est en effet, écrivait saint Justin à l’époque où nous sommes parvenus, il est des hommes qui se professent chrétiens et qui ne tiennent pas la doctrine de Jésus-Christ. Nous, ses disciples, nous n’en sommes que plus fermes dans la foi ; car il nous avait annoncé leur venue. En dépit de leur prétention de se couvrir du nom de Jésus, nous ne les désignons pas autrement que par le nom de l’auteur de leur secte. Nous ne communiquons avec aucun d’eux, sachant que, dans leur impiété, ils ne sont pas les adorateurs de Jésus, et ne le confessent que de bouche. Semblables aux gentils, qui appellent Dieu l’ouvrage de leurs mains, c’est eux-mêmes et eux seuls qui s’imposent le nom de chrétiens, et ils participent à des sacrifices qui ne sont que crime et impiété. » (Dialog. cont. Tryph., cap. XXXV.) »

    « sainte Cécile et la société Romaine ». Tome I. Page 339 à 342



    « Marc-Aurèle avait embrassé la profession de philosophe. Le contraste de cette vie solennelle et supérieure au vulgaire lui avait semblé d’un grand effet sur le trône impérial. Il prépara son rôle de longue main, et le suivit jusqu’au bout. Après la prédication de l’Evangile, la philosophie n’était plus qu’une réaction de l’orgueil contre le christianisme qui l’avait dépassée, et la convainquait d’erreurs grossières dans toutes ses écoles sans exception. Le philosophe sincère, et véritable chercheur de la sagesse, accourait au baptême, comme saint Justin ; les autres éprouvaient un éloignement instinctif pour une doctrine qui accueillait le pauvre et l’ignorant aussi bien que le riche et le savant, et n’avait pour l’un comme pour l’autre qu’un même symbole de foi, devant lequel toute pensée humaine devait s’incliner. L’opposition du juif et celle du philosophe contre le christianisme étaient donc de même nature. La religion du Christ disait à l’israélite que Moïse ne suffisait plus, au philosophe que la sagesse humaine n’est devant Dieu que folie : ni le juif ni le philosophe ne voulant se rendre, il ne leur restait que la haine.


    Ce sentiment, s’il rendait le juif toujours plus obstiné et plus sourd à la voix de ses propres oracles, n’empêchait pas du moins le philosophe de discerner dans le christianisme certaines vérités dont la possession et même l’idée distincte avaient manqué aux écoles antiques. Le plagiat devenait tentant ; on sut se le permettre, sans que la haine y perdît rien. Chez Marc-Aurèle, la spécialité était la morale. Il la trouvait toute faite dans l’enseignement chrétien, et, pas plus qu’Epictète, il ne se faisait faute d’y faire des emprunts, sans toutefois trahir la source. Les chrétiens étaient nombreux et puissants dans la société romaine, et il s’était formé insensiblement un courant qui transmettait déjà leurs principes jusqu’à ceux mêmes qui affectaient d’ignorer ce qu’était le christianisme. De là, sous les Antonins, une modification dans les lois, rendues plus conformes à l’équité naturelle. Hadrien avait fait quelque chose dans ce sens. Antonin suivit la même ligne, et Marc-Aurèle continua. C’était le progrès par le christianisme, sans avouer le christianisme.


    Quant au dernier de ces empereurs, personne n’ignore avec quelle faveur il a été traité dans la postérité. On a tenu à le juger en faisant abstraction des faits dans lesquels est empreint son caractère véritable, et peu s’en faut que son apothéose ne se soit étendue jusqu’à nos temps. Ses admirateurs se sont fait une loi de l’apprécier uniquement par ses écrits, sans se rendre compte qu’il y pose continuellement. Ses Pensées sont une confidence vaniteuse qu’il daigne faire de sa grande âme, et la candeur de sentiment qui fait le caractère de ses lettres à Fronton rassure peu chez un homme qui répandit par système le sang innocent. On sait, au reste, que les anciens écrivaient d’ordinaire leurs lettres intimes dans la pensée qu’elles iraient plus loin que le destinataire, et un empereur assurément ne pouvait en douter.


    La moralité de l’époux de Faustine ne saurait se soutenir, et l’on voit qu’elle a toujours embarrassé ses panégyristes. À l’égard de cette ignoble femme, Marc-Àurèle fut-il dupe ou complaisant ? La première supposition n’est pas admissible ; la seconde serait peu honorable dans un moraliste. Au fond, quelle base eût pu avoir une vertu sérieuse, chez un homme qu’aucun principe supérieur ne conduisait ? Sur Dieu, sur l’âme, il en demeure toujours, dans ses écrits, au scepticisme. En revanche, sa philosophie se combine parfaitement avec la superstition d’un païen vulgaire. Il ne fait rien pour arrêter la contagion du paganisme oriental qui précipitera la ruine de l’Empire ; mais, dès qu’il s’agit du christianisme, son mépris et sa haine lui inspirent un sang-froid qui fait frémir. À peine sera-t-il assis sur le trône qu’on verra recommencer le carnage des chrétiens dans tout l’Empire. Ce philosophe est en même temps jaloux du courage des martyrs. Plaidant lâchement, au livre Xe de ses Pensées, la cause du suicide, qu’il propose comme le dénouement de la vie d’un sage, il conseille au philosophe une résolution qui doit être l’effet de mûres réflexions et d’un jugement arrêté. « Il faut se garder, dit-il, d’aller à la mort en enfants perdus, comme les chrétiens. » Marc-Aurèle ment ici à sa conscience. Il était à même d’apprendre, par l’Apologie de Justin et par les réponses des chrétiens aux interrogatoires des proconsuls, que si les martyrs s’offraient avec une noble ardeur à la mort, c’est parce qu’ils voulaient fuir le mal auquel on les provoquait, c’est parce qu’ils savaient qu’ils allaient à Dieu par cette voie. Et ce n’était pas la mort seulement que les martyrs affrontaient ; c’étaient d’affreuses tortures inventées par la férocité païenne. Marc-Aurèle a mauvaise grâce de rappeler ces généreux sacrifices à ceux auxquels il conseille de sortir de cette vie par un attentat contre eux-mêmes, et qu’il essaye de rassurer, en leur suggérant les moyens les plus doux. On sut donc de bonne heure, dans tout l’Empire, qu’on ne lui déplairait pas en poursuivant les chrétiens à outrance. »


    « sainte Cécile et la société Romaine ». Tome II. Page 31 et 32


    « Dans son passage sur la terre, les épreuves ne manquent pas à l’Église. Elle a deux sortes d’ennemis. Les premiers sont les persécuteurs qui espèrent l’anéantir par la violence ; mais l’amour de son Epoux lui fait tout souffrir avec patience, et par sa douceur elle triomphe de la force brutale. Ainsi se montra-t-elle à l’époque où nos peintres chrétiens la représentaient sur les murs des catacombes. Quoi de plus touchant que cet arcosolium du cimetière de la voie Lavicane où l’artiste a réuni l’Epoux et l’Epouse ! (Bosio, 387, I, II.) Le Christ est sous les traits du bon Pasteur ; l’Église modeste et tranquille prie les bras étendus. Près d’elle, d’un côté, est le fouet garni de plomb dont la puissance des Césars l’a meurtrie ; de l’autre, le lis qui figure sa virginité. Sur un arbre, les colombes aspirent vers elle, tandis que les agneaux caressent le Pasteur ou se complaisent en lui.


    Les hérétiques forment la seconde classe des ennemis de l’Église. Ils ont juré de la corrompre, comme les deux vieillards de Babylone le tentèrent vainement à l’égard de Suzanne ; mais elle garde avec une fidélité complète le dépôt de la vérité qu’elle a reçu de son Epoux. Elle a horreur de la moindre nouveauté en matière de doctrine, elle ne sait que mettre en pratique le commandement du Christ qui est la Vérité : Est, est ; Non, non. (Matth., V.) Au cimetière de Prétextat, le peintre l’a représentée sous la forme d’une innocente brebis, au-dessus de laquelle est écrit : Susanna. Deux loups s’approchent d’elle, espérant en triompher. Sur la tête de l’un d’eux est écrit Senioris, pour Seniores. Par la pureté inviolable de sa foi, l’Église triomphe de toutes les séductions, et mérite le bel éloge que lui donne saint Paul, de n’avoir en elle « ni tache ni ride ». (Ephes., v.) Cette peinture n’appartient qu’au troisième siècle ; mais elle nous était si utile pour achever de caractériser l’Église, que nous nous sommes permis de la citer ici.


    Mais là ne se borne pas le rôle de l’Église en ce monde. Elle est la mère commune, et, sans cesse, elle intercède pour les enfants que son sein a portés. Voyons-la suppliante au cimetière de Priscille. (Bosio, 549, I.) Le laticlave décore sa tunique ; on sent en elle l’Epouse du roi. Son attitude exprime l’ardeur de sa prière. Elle demande le retour des brebis perdues, la persévérance des brebis fidèles, l’éloignement des fléaux, les effusions nouvelles de la miséricorde. Vit-on jamais plus de grandeur unie à plus de majesté ? »


    Spoiler:
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    Jean

    Masculin Messages : 735
    Date d'inscription : 22/01/2016

    Re: Les origines de la gnose

    Message par Jean le Dim 28 Fév - 9:01

    Merci pour ce sujet très intéressant.
    Je n'avais jamais vraiment pioché dedans faute de références à disposition.
    Cependant cette période et cette facette de notre Histoire (bien entendu aujourd'hui occultée ou détournée) m'a toujours interpelé.
    Jésus

      La date/heure actuelle est Jeu 24 Aoû - 3:06