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    Le miracle de Messire Joseph

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    Françoise

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    Le miracle de Messire Joseph

    Message par Françoise le Lun 20 Mar - 20:57

    Il pleu­vait depuis bien­tôt trois jours, mais cela n’empêchait point Tho­mas, Jac­ques et Mathieu, les trois appren­tis du sieur Bille, maî­tre ébé­nis­te en la com­mu­ne d’Auteuil-en-Parisis, d’avoir la joie au cœur. La fête de l’illustre cor­po­ra­tion des Arti­sans Charpentiers-​Menuisiers-​Ebénistes était pro­che. On la célé­bre­rait le len­de­main avec tout l’éclat accou­tu­mé. Pour les trois jeu­nes gar­çons qui, depuis trois ans, œuvraient en appren­tis­sa­ge sous la direc­tion de Maî­tre Bille, cet­te jour­née était d’importance. Ils allaient pré­sen­ter à Mes­sieurs les Syn­dics de la Cor­po­ra­tion leurs « chefs-d’œuvre ». Une accep­ta­tion ou un refus, et nos trois appren­tis se voyaient accé­der à la digni­té de « com­pa­gnons », ou bien ils demeu­raient enco­re, au moins pour une année, d’humbles appren­tis sans gages ni renom.
    Pour l’heure, Tho­mas, Jac­quot et Mathieu s’appliquaient avec entrain, sous l’œil de Maî­tre Bille, à orner la bou­ti­que de tou­tes sor­tes de guir­lan­des fleu­ries et de jolies ver­du­res.

    Enfin, sur le coup de cinq heu­res, tout fut bien asti­qué, ser­ré et ordon­né. Au dehors, la pluie tom­bait tou­jours. On était à la mi-​mars, et le prin­temps, en cet­te année 1784, sem­blait déci­dé­ment vou­loir se fai­re dési­rer.
    C’était alors la tra­di­tion que cha­que appren­ti avant de deve­nir com­pa­gnon, puis plus tard cha­que com­pa­gnon avant de deve­nir patron, pré­sen­te à la cor­po­ra­tion à laquel­le il appar­te­nait un modè­le de tra­vail exé­cu­té exclu­si­ve­ment par lui et qu’on appe­lait « le chef-d’œuvre »
    « Eh bien ! vite, s’exclama Maî­tre Bille, montrez-​moi main­te­nant les mer­veilles que vous avez conçues, mes petits, et qui, je n’en veux point dou­ter, feront l’honneur de ma devan­tu­re. »
    Fort ému, cha­cun des appren­tis dépo­sa devant son patron la boî­te ver­nis­sée conte­nant son chef-d’œuvre. Tho­mas, le pre­mier, ouvrit la sien­ne. Il en sor­tit une ravis­san­te peti­te table coif­feu­se à deux corps de mar­que­te­rie à la rose, pou­vant conte­nir en ses innom­bra­bles peti­tes cases tant de par­fums et de coli­fi­chets… de quoi fai­re pâmer d’aise la plus enra­gée coquet­te,

    « Voi­là qui est fort joli et bien condi­tion­né, approu­va sin­cè­re­ment Maî­tre Bille. Ajouterais-​je que tu as gran­de­ment rai­son d’œuvrer ain­si pour les dames. Leur clien­tè­le est agréa­ble. Avec elles, un arti­san est tou­jours sûr de fai­re argent, car il leur faut sans ces­se du neuf. Nous exé­cu­te­rons ta coif­feu­se ici-​même. »
    Tho­mas était rou­ge de plai­sir. Le tour de Mathieu vint ensui­te. Il pré­sen­ta une sor­te de conso­le de la plus rare élé­gan­ce, pla­quée des bois les plus fins, les­quels étaient agré­men­tés de poi­gnées et de fer­ru­res de cui­vre doré et fine­ment cise­lé. En fait, ce n’était là qu’un « trompe-l’œil ». L’intérieur, tout bar­dé de fer, lais­sait appa­raî­tre un cof­fre bien sûr, bien pro­fond, bien soli­de, où quel­que finan­cier eût pu met­tre son or en tou­te sécu­ri­té.
    Maî­tre Bille s’enchanta sans rete­nue :

    « Tu as bien agi, Mathieu, en pro­po­sant à tes pra­ti­ques un tel abri pour leur argent. Qui par­le d’écus et de piè­ces d’or sait tou­jours flat­ter son hom­me. J’approuve donc à plein ton idée et l’art dont tu as su la parer. Et toi, Jac­quot, pour­sui­vit le patron, fais-​nous voir quel est ton chef-d’œuvre ? »
    Maî­tre Bille, aba­sour­di, vit Jac­quot sor­tir de son cof­fret la figu­re sculp­tée d’un hom­me bar­bu en lon­gue robe. Cela lui parut extra­va­gant :
    « Eh quoi, que vois-​je ? Une sta­tue ?… Que dia­ble as-​tu vou­lu fai­re là ?
    — Une effi­gie de saint Jose­ph, le patron de tous les menui­siers, notre Maî­tre. Sa fête ne tombe-​t-​elle point demain, 19 mars ?… »
    Le patron écla­ta tout à coup :
    « Tri­ple sot que tu es ! Pau­vre niais ! grand nigaud ! Ain­si, auras-​tu per­du tes heu­res de labeur et une matiè­re aus­si pré­cieu­se, car c’est bien là du vieux chê­ne, à tailler une ido­le, la sta­tue d’un hom­me mort voi­ci plus de mil sept cents ans et que per­son­ne ne connaît plus. »
    Jac­quot était prêt à pleu­rer. Maî­tre Bille n’en avait cure et conti­nua à gron­der fort.
    « Ta condui­te a-​t-​elle le sens com­mun ?… Aller gâcher ton temps à de pareilles sor­net­tes, quel­le âne­rie ! Quel­le incon­sé­quen­ce ! Mon pau­vre Jac­quot, tu te mon­tres à cet­te heu­re aus­si sot et super­sti­tieux qu’un gratte-​bois du moyen âge ! Fer­me cet­te boî­te, et mets-​toi quel­que peu de plomb dans la cer­vel­le d’ici qu’il te faille à nou­veau cher­cher une idée pour ton bre­vet. Un saint Jose­ph en ma bou­ti­que ! On se moque­rait de moi ! On me mon­tre­rait du doigt ! Là-​dessus, assez jasé, mes enfants, je m’en vais chez Maî­tre Pape­lard, le librai­re ; Tho­mas et Mathieu, vous pou­vez tous deux dis­po­ser vos chefs-d’œuvre bien en vue à la devan­tu­re. Quant à toi, Jac­quot, ôte-​moi cet­te mau­di­te ima­ge. Tu pour­ras l’exposer dans la rue, si cela te fait plai­sir, mais pas chez moi !… » Et le bon­hom­me, furieux, sor­tit, cla­quant les por­tes.

    * * *
    Mathieu et Tho­mas firent de leur mieux pour conso­ler le pau­vre Jac­quot. Dès lors que le goût du jour était à la coquet­te­rie, au plai­sir et au jeu, mieux conve­nait à de futurs arti­sans com­me eux de tra­vailler pour les bel­les dames ou pour ceux qui amas­saient de l’or que de tailler des ima­ges pieu­ses.

    « Fai­tes à votre gré, mes amis, répli­qua Jac­quot : le, mien me por­te à tra­vailler selon l’inspiration de mon âme, et j’entends gar­der ma dévo­tion envers saint Jose­ph. Celui-​là fit le même métier que nous. Il ne m’abandonnera pas, je le gage, dans l’épreuve pré­sen­te que je subis pour lui. Puisqu’il me faut à pré­sent le met­tre à la rue, je l’y met­trai donc. Nous le fixe­rons à la maî­tres­se pou­tre du gros chê­ne qui domi­ne la bou­ti­que ; ce sera magni­fi­que. Qui veut m’aider ? »
    Tho­mas et Mathieu acce­ptè­rent avec enthou­sias­me. Les deux appren­tis favo­ri­sés par le sort aidè­rent gen­ti­ment le mal­heu­reux ami à fixer sa sta­tue com­me une ensei­gne au-​dessus de la por­te de Maî­tre Bille. La far­ce, en véri­té, parais­sait assez plai­san­te envers un vieux par­paillot de sa sor­te.
    * * *
    Une heu­re plus tard, il fai­sait déjà pres­que nuit. Cer­tes, on ne voyait pas grand-​chose, mais on enten­dait, au fond du maga­sin, d’affreux gémis­se­ments, com­me ceux d’un hom­me bles­sé. Les trois appren­tis péné­trè­rent à l’intérieur. Ils trou­vè­rent leur patron effon­dré sur le plan­cher, gémis­sant et gei­gnant à fen­dre l’âme. Ils s’effarèrent :
    « Eh ! Maî­tre Bille, oh là ! Notre patron, qu’avez-vous ?…
    — Je suis mort ! » lar­moyait le bon­hom­me…
    « Mort ? Mais, par Dieu, vous par­lez enco­re… et les morts ne par­lent point.
    — Je ne serais donc mort qu’a demi !
    — Contez-​nous ce qui vous advint… »
    Ce disant, les trois jeu­nes gens s’appliquèrent à remet­tre l’ébéniste sur pied et le calè­rent dans un fau­teuil.
    « Ce qui m’advint ? Ah ! mes enfants ! J’étais debout contre ma por­te, à guet­ter Maî­tre Pape­lard, lorsqu’il m’est tom­bé du ciel une cho­se énor­me, colos­sa­le ! Pour le moins un bou­let de canon ! Tenez, voyez ça, sur le seuil. Voi­ci des débris de la cho­se. »
    Tho­mas ramas­sa un des objets à ter­re et s’égaya, tout éton­né :
    « Et quoi ?… Maî­tre Bille, voulez-​vous rire ? Ce sont là les débris d’une tui­le de votre toit que le grand vent aura sou­le­vée.
    — Une tui­le ? Ciel !
    — Vous a-​t-​elle atteint ?… Non, sans dou­te, et c’est tant mieux. Car si pareil mal­heur s’était pro­duit, Maî­tre Bille, pour l’heure vous seriez mort bel et bien. C’est une tui­le épais­se de trois pou­ces et lar­ge d’une demi-​coudée.
    — Trois pou­ces, une demi-​coudée .…» suf­fo­quait le sieur Bille, épou­van­té !
    Enfin, peu à peu, il se cal­ma et recon­nut que l’objet s’était bri­sé au-​dessus de sa tête, avant de l’avoir atteint
    « J’ai vu les mor­ceaux s’envoler de tou­tes parts, dit-​il, mais voyons… non !… non !… déci­dé­ment, rien ne me man­que. j’ai mes deux yeux, ma bou­che, mes oreilles… En véri­té, je suis sain et sauf. »
    Il res­pi­ra un grand coup, et conclut, vite ras­su­ré :
    « Com­ment un tel pro­di­ge a-​t-​il pu se fai­re ?… C’est à coup sûr une de ces mer­veilles que la scien­ce seule sau­rait expli­quer. »
    Jac­quot inter­vint dis­crè­te­ment :
    — Il n’y a là ni pro­di­ge, ni mer­veille de la natu­re, notre Maî­tre, mais un mira­cle de Mes­si­re Jose­ph. C’est lui qui a détour­né de vous ce coup qui vous eût été mor­tel ! »
    Reve­nu à la réa­li­té, le vieil arti­san s’étonna :
    « Saint Jose­ph ? Où est-​il, celui-​là ? »

    Il fal­lut expli­quer à Maî­tre Bille, aba­sour­di, com­ment les trois appren­tis avaient pla­cé la sta­tue jus­te au-​dessus de la por­te de la bou­ti­que.
    « Et si elle n’y avait point été, com­plé­ta Mathieu, la tui­le vous eût, mon bon Maî­tre, pour­fen­du l’os de votre crâ­ne de bout en bout et de haut en bas ! »
    Bille était tout ému
    « Qu’il soit loué et hono­ré, s’écria-t-il dans un grand élan de sin­cé­ri­té retrou­vée. Va cher­cher ton beau saint, petit, notre grand Patron à nous tous les menui­siers. Je veux qu’il trô­ne en ma mai­son. Tu seras com­pa­gnon com­me les autres demain…
    — Dieu soit béni », lan­ça Jac­quot de tout cœur.
    — Béni sois-​tu toi-​même, enfant, répli­qua Maî­tre Bille, tout atten­dri. Oui, béni sois-​tu, toi qui por­tes fidè­le­ment dans ton cœur le res­pect de la tra­di­tion sain­te. Foin des vilains dis­cours des hom­mes qui cher­chent, com­me Maî­tre Pape­lard, à vous détour­ner de la pié­té. Aus­si long­temps que je serai sur ter­re, saint Jose­ph demeu­re­ra le pro­tec­teur de ma bou­ti­que et le maî­tre en ma demeu­re. »
    Jean DES BROSSES.
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    Betty
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    Re: Le miracle de Messire Joseph

    Message par Betty le Mar 21 Mar - 8:46

    C'est une très belle ​et touchante histoire !


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    Carmila

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    Re: Le miracle de Messire Joseph

    Message par Carmila le Mer 22 Mar - 13:41

    Oui les saints sont nos protecteurs il ne faut pas l'oublié. Et Saint-Joseph en premier.

      La date/heure actuelle est Sam 19 Aoû - 16:54