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    Association loi 1901 : la persécution des congrégations

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    saint-michel

    Masculin Messages : 443
    Date d'inscription : 14/02/2016

    Association loi 1901 : la persécution des congrégations

    Message par saint-michel le Dim 31 Juil - 18:34




    La loi du 1er juillet 1901 n’est pas, comme le fait croire la bien-pensance, une loi libérale, mais, bel et bien la déchristianisation de la France par la mise à mort des Congrégations religieuses. Les journaux catholiques de l’époque, créés par les assomptionnistes, étaient particulièrement visés parce qu’ils maintenaient la foi dans sa pureté rigoureuse.


    Retrouvons sans plus tarder le cheminement de cette redoutable loi 1901, précurseur de toutes les ignominies qui affligent actuellement la France.



    La « croix quotidienne » (page 78)


    La question d’un journal quotidien populaire s’était donc présentée plusieurs fois dans des conversations entre le P. Picard et le P. Vincent de Paul Bailly. L’Univers, grand journal de doctrine, occupait une place illustre, la première, dans la presse religieuse ; mais, par la haute tenue de sa rédaction et aussi par son prix élevé, il s’adressait à une élite et ne visait pas les masses. Or, c’est le grand public qu’on voulait atteindre, et il fallait pour cela un journal d’information populaire et très bon marché.


    M. le comte Henri de l’Épinois, qui donnait à la Croix-Revue une collaboration active autant que savante, mais qui n’en avait pas moins un grand souci d’apostolat populaire, insistait souvent auprès du P. Picard pour qu’il se décidât enfin à lancer un journal quotidien d’information à un sou.


    Le projet mûrissait dans l’esprit du P. Picard, et bientôt, s’étant rendu compte qu’avec le P. Bailly l’œuvre pouvait réussir, il ne fut plus arrêté que par un scrupule de délicatesse ; il craignait de paraître achever un journal catholique, la France Nouvelle, qui était justement un journal à un sou. Comme cette feuille agonisait ou à peu près, il ne voulait point avoir l’air de lui donner le coup de grâce en lui créant un concurrent. Et il disait à M. le comte de l’Épinois :


    « Si la France Nouvelle disparaît, je vous promets que nous lancerons un journal quotidien à un sou. »


    Le 7 mars 1883, le P. Bailly s’embarquait pour Jérusalem, où il conduisait 500 pèlerins de la Pénitence. On devait prier aux Saints Lieux pour l’œuvre projetée.


    Après le retour du pèlerinage, Don Bosco se trouvait à Paris. Il visita longuement le P. Picard, car entre les deux hommes de Dieu existaient d’anciennes et intimes relations. Le P. Picard invita Don Bosco à déjeuner avec lui et quelques amis, à Grenelle, chez les Petites-Sœurs de l’Assomption, le 20 mai 1883.


    On sortait de table, et le P. Picard descendait du premier étage, appuyé sur le bras du P. André, lorsque, arrivé à la troisième marche de l’escalier, il rencontre le comte de l’Épinois qui montait et qui lui dit :



    « Mon Père, vous m’avez promis de fonder, à la mort de la France Nouvelle, un journal quotidien à un sou. Or, la France Nouvelle cesse

    aujourd’hui sa publication, et je viens vous demander si vous êtes prêt à tenir votre promesse. J’ai couru vous relancer jusqu’ici. »




    Le P. Picard répond :



    « Je n’ai qu’une parole, et j’accepte en principe. Mais venez dîner ce soir chez nous, rue François-1er, avec le P. Bailly et moi, et nous verrons ce qu’il est possible de faire. »




    M. de l’Épinois fut fidèle au rendez-vous. On causa longuement, et la question fut examinée sous toutes ses faces. À cet entretien assistaient le P. Picard, le P. Vincent de Paul, le P. André et M. le comte de l’Épinois.


    On débattit le titre du nouveau journal. Plusieurs furent proposés : le Catholique, le Crucifix. On s’arrêta à celui de la Croix avec l’image du Crucifix. Toutes les objections qui surgirent plus tard contre ce titre et cette image avaient été prévues et discutées ce soir-là, et on avait résolu de passer outre. Il fut convenu que le journal serait uniquement catholique, sans attaches politiques d’aucune sorte, qu’il ne publierait ni romans ni annonces. Finalement, on vota, et à l’unanimité la création du journal quotidien à un sou fut résolue, avec son titre la Croix.


    On arrêta aussi les moyens d’exécution. Le vendredi 1er juin, fête du Sacré Cœur, fut choisi pour lancer un numéro spécimen dont le P. Picard rédigerait le premier article. En même temps, le P. Bailly annoncerait le nouveau journal dans le Pèlerin et inviterait ses lecteurs à souscrire des abonnements à la Croix. Si le 15 juin on avait assez d’argent pour le premier numéro, on commencerait résolument, s’en remettant pour la suite à la Providence.

    /…


    L’annonce de la Croix quotidienne fut accueillie avec un véritable enthousiasme. Au bout de quinze jours, elle avait 5000 abonnés. Elle parut, confiante dans l’avenir. Pour la taquiner, le gouvernement la menaça d’un procès parce qu’elle disait se vendre « un sou », terme exclu du système métrique. Ce fut l’occasion de dix désopilantes caricatures de Lemot dans la Croix.


    La Croix du 29 juin 1883 portait, en effet, la manchette : « un ordre nous ayant interdit de mettre ici que le journal se vend un sou, nous avertissons que désormais il se vendra cinq centimes.


    Le premier article du même jour, intitulé Un sou, encadré de noir, explique que, la veille, le substitut de la République a fait appeler le gérant pour lui annoncer qu’il allait être obligé de poursuivre la Croix à cause de ce mot, et l’article se termine ainsi :



    « Eh bien ! Nous nous soumettons ; nous ôtons le sou, car si le sou a pour lui le bon sens, il n’est pas un principe que nous ayons juré de défendre. Inscrivons donc cette sotte désignation : cinq centimes, que le peuple n’aura jamais la sottise de prendre, parce qu’il appelle les choses par leur nom et parce qu’en écrivant sur un journal cinq centimes, vous ne l’empêcherez jamais de dire que c’est un journal à un sou. »



    Le P. Vincent de Paul fut le rédacteur en chef de la Croix ; il en fut l’âme, il en fut la vie. Presque tous les jours il en rédigea le premier article, qu’il signait du pseudonyme devenu célèbre « Le Moine ».





    Désormais la Croix et « Le Moine » ne semblent plus faire qu’un, c’est le P. Bailly qui lui imprime cette allure surnaturelle, originale, alerte, vigoureuse, qui plaît par sa crânerie, attire et encourage. Il avait pour principe qu’un organe catholique, si moderne soit-il, agit selon la vieille tradition des âges de la foi, lorsqu’il cherche à plaire et à faire rire à l’occasion. Il ne redoutait pas un bon mot au milieu d’un sujet sérieux, mais il redoutait énormément une faiblesse dans l’affirmation de la foi. Comme dans le Pèlerin, il heurtait le diable sans détour.


    Il eut sans doute quelques collaborateurs, mais fort peu, et tout le journal passait réellement par ses mains. Dès l’origine, un de ses collaborateurs fut chargé de préparer pour le journal ce que le P. Bailly appelait le « menu spirituel ». C’était un trait de la vie des saints assaisonné de quelques réflexions pieuses pouvant servir de méditation.


    Celui qui l’aida le plus dans les débuts fut M. le comte de l’Épinois. Le P. Picard, en fondant la Croix, avait mis comme condition que M. de l’Épinois viendrait aider le P. Bailly pendant trois mois.


    Le crucifix (page 81)


    Le succès de la Croix fut tellement rapide, tellement surprenant, que, quelles que fussent la valeur de sa rédaction et la sagesse, discutée du reste, de son administration, ce sujet ne pouvait être attribué qu’à une protection surnaturelle.


    C’était visible : Dieu récompensait l’acte de foi qui avait inspiré le journal, le but uniquement apostolique qu’il poursuivait. Le drapeau qu’il arborait lui portait bonheur.


    On en eut bientôt une preuve manifeste. Il se rencontra, en effet, des catholiques timides qui se scandalisèrent de voir un grand Christ en tête d’un journal. Ils commencèrent par prédire des insuccès. D’après ces sages, le Christ devait tuer la Croix. Puis ils se lamentèrent et se fâchèrent. Cet ornement ne convenait pas, disait-on, à une feuille exposée à traîner partout. C’était une profanation.






    Le journal n’avait cure de ces clameurs et allait de l’avant. Elles redoublèrent. On fit intervenir l’archevêché de Paris pour vaincre l’obstination du « Moine » à étaler sur la première page de la Croix la figure de Jésus crucifié.


    L’archevêque de Paris s’effraya de ces plaintes. Mgr Battandier a raconté dans son Annuaire pontifical de 1913 que le cardinal Guibert, n’osant pas agir directement, écrivit au cardinal Pitra, qu’il savait en rapport intimes avec les Augustins de l’Assomption, le priant d’user de son influence pour obtenir qu’ils abandonnassent ce trophée en tête du journal.


    Le célèbre bénédictin fit communiquer cette lettre à la Croix, la laissant libre de sa décision.


    La Croix, toujours déférente à l’autorité épiscopale, supprima aussitôt son crucifix. C’était le 2 février 1883.



    « Nous eussions résisté à l’orage plus longtemps, disait le « Moine », mais un conseil, et non un ordre, venu de haut nous fit hésiter. »


    Quelques semaines après, le P. Vincent de Paul faisait connaître au cardinal Pitra le résultat de cette obéissance. Avec le crucifix, le tirage était de 30 000 ; depuis la suppression du signe sacré, le tirage était progressivement descendu à 14 000, et on ne savait où s’arrêterait le fléchissement. On courait à un désastre.


    Le cardinal Pitra répondit aussitôt selon le désir de son cœur et sans consulter le cardinal de Paris : « Reprenez le crucifix. »


    Le 28 mars 1884, la Croix, qui, sans son crucifix, voyait l’abîme s’ouvrir toujours plus béant, commença à publier des lettres qui réclamaient le grand Christ des débuts. La première est celle d’un brigadier d’artillerie, auquel on fait écho : « Brigadier, vous avez raison ! ».


    Enfin, on eut expressément de l’archevêché de Paris l’autorisation d’arborer à nouveau l’emblème sacré, et, les demandes de crucifix continuant à affluer, on se rendit à cette sorte de référendum populaire. Avec la Semaine Sainte, le 5 avril, dimanche des Rameaux, le crucifix reprenait la possession de la première page de la Croix qu’il n’a jamais plus quittée.


    Les abonnements se multiplièrent aussitôt. L’effroyable dégringolade s’arrêta net. Les 30 000 abonnés revinrent et montèrent sans cesse ; ils sont arrivés jusqu’à 200 000 et marchent depuis quelques années vers les 300 000.


    C’était la réponse du ciel. L’expérience était décisive. Non, le crucifix ne nuisait pas à la Croix. Il était au contraire manifeste que Dieu voulait que cet étendard présidât à la bataille du journalisme quotidien.


    Le P. Picard et le P. Bailly n’en avaient jamais douté. Ils virent dans cet incident une indication nouvelle de la volonté de Dieu, et conçurent encore une plus grande confiance dans les moyens surnaturels.


    Dès le début, ces moyens furent considérés par eux comme une condition essentielle du succès. La prière, la pénitence, les sacrifices furent sollicités de tous côtés. Nul ne pourra dire les mortifications et prières de jour et de nuit que le P. Bailly s’imposait. C’était un journaliste qui tranchait encore sous ce rapport avec ses confrères de la presse contemporaine.


    Une messe hebdomadaire, devant le Saint Sacrement exposé, fut instituée pour la diffusion du journal, c’était le succès pour l’évangélisation des âmes. Le P. Bailly la disait toujours le jeudi, en la chapelle de la rue François-1er, devant une assistance fidèle, composée de ses collaborateurs, de zélateurs et zélatrices, et, plus tard, des pieuses ouvrières des ateliers. Il leur adressait toujours quelques paroles pour stimuler le zèle de l’œuvre surnaturelle.


    Les grandes luttes (page 85)


    Il semble que le journalisme quotidien, le journalisme de combat, ait été inventé principalement pour les luttes politiques, et on ne conçoit guère un journal sans le dessein bien arrêté de soutenir un parti.


    Or, la Croix, déclara hautement qu’elle était un journal purement catholique, sans attaches politiques d’aucune sorte, et que, pour elle, les luttes religieuses étaient sa seule raison d’être.


    /…


    Après plusieurs entretiens importants de ce genre entre le P. Picard, M. de l’Épinois et quelques autres personnages de marque, M. de l’Épinois dit au P. Picard :


    « Vous porterez devant Dieu une grande responsabilité, celle d’avoir consolidé pour toujours la République, en prêchant la neutralité en politique. »


    Mais le P. Picard ne varia jamais. Fermement résolu à n’inféoder le journal la Croix à aucun parti, il poursuivait un but exclusivement religieux. Défendre les droits de Dieu envers et contre tous, étendre le règne de Notre-Seigneur dans une obéissance absolue aux directions de son Vicaire, voilà son unique ambition, son unique souci.


    « Formons des troupes catholiques, disait-il, et Dieu leur donnera le chef qui leur convient, monarque ou président de la République. »


    Faisons d’abord des chrétiens, recommandait le P. Bailly à ses collaborateurs ; le reste viendra par surcroît.


    /…


    Le ralliement (page 86)


    /…


    Le P. Picard vit le Pape l’année suivante, en 1893, et Léon XIII lui demanda :



    « Que pensez-vous de la politique du ralliement (à la république) ?
    – Très Saint-Père, je n’en augure rien de bien.
    – Alors, vous ne les croyez pas honnêtes ?
    Non, Très Saint Père ; ils sont franc-maçons ; ils vous trahiront et ils nous trahiront. Méline, en particulier, nous lâchera, même avec une majorité. Si nous ne les combattons pas, nous livrons nos troupes à nos ennemis, et nous ne pourrons rien faire. »


    D’autres appréciations inclinaient le Souverain Pontife à croire encore à l’honnêteté des membres du gouvernement avec lequel il traitait. Même avec les lois les plus iniques, des « informateurs » lui garantissaient la sincérité des législateurs. De là sa confiance dans cette entreprise de ralliement où il voyait et visait uniquement le salut de la religion en France. Ce n’est qu’à la fin de son pontificat, après de lamentables insuccès, que, découragé, il disait avec une amertume profonde : « ils m’ont trompé ! ».


    /…


    De fait, si, en dépit de l’hostilité (ouverte ou hypocritement onctueuse) des « républicains nantis » et malgré la campagne menée par certains organes des anciens partis, les directions politiques de Léon XIII pour la France furent suivies par la quasi-unanimité du clergé et de la grande majorité des laïques, tous les gens impartiaux reconnaissent maintenant qu’on le doit pour une bonne part à l’attitude de la Croix. Celle-ci eut quelque mérite à adopter une tactique qui contristait un grand nombre de ses meilleurs amis : dans le courant de l’année 1892, l’année du ralliement, la Croix perdit 10 000 abonnés, dont beaucoup figuraient parmi les plus généreux bienfaiteurs des œuvres qu’elle patronnait. Mais le P. Bailly n’hésita jamais devant une parole du Pape ; c’était pour lui, en toute vérité, la « consigne de Dieu ».


    Loi d’abonnement (page 91)


    On a prétendu que le P. Bailly s’écarta des directions pontificales à propos de la fameuse loi d’abonnement. Rappelons les faits.


    Les Congrégations religieuses furent le premier objectif de la persécution hypocrite. On voulait les supprimer.


    La tentative de 1880 avait avorté. Expulsées violemment par la porte, un certain nombre de communautés d’hommes, on ne s’attaquait encore qu’à celles-là, étaient rentrées par les fenêtres. Les Assomptionnistes subirent le sort commun, leurs maisons furent fermées et leurs chapelles mises sous scellés. Le Pèlerin raconte avec détails l’expulsion de la rue François-1er, comment tous les religieux étaient réunis à la chapelle, sous la présidence du P. Picard, devant le Saint Sacrement exposé, le P. Bailly disant la messe, pendant que les crocheteurs officiels enfonçaient les portes et envahissaient la chapelle pleine de fidèles. Le P. Vincent de Paul continua le Saint Sacrifice devant les agents, un peu intimidés et ne sachant que faire ; puis, quand la messe fut terminée, il lut successivement sept fois la Passion, sans quitter l’autel, quatre fois du côté de l’Évangile, trois fois du côté de l’Épître. En même temps, le P. Picard faisait prier les bras en croix, les fidèles accourus nombreux récitaient des chapelets et chantaient comme à Lourdes. Enfin, les agents s’impatientèrent d’une messe qui durait depuis plus de deux heures et menaçait de ne pas s’achever. Le commissaire monta à l’autel, frappa sur l’épaule le P. Vincent de Paul qui lisait la Passion pour la huitième fois, et lui dit :



    « Vous avez cinq minutes pour finir ».



    Puis ce fut la protestation véhémente du P. Picard qui fulmina l’excommunication, et enfin l’expulsion brutale. Le Pèlerin narre tous les faits, et c’est une page émouvante et glorieuse.


    Les scellés tombèrent tout seuls, ou on les y aida, et le couvent se repeupla. Il en fut à peu près de même partout.


    En 1895, le gouvernement persécuteur s’y prit autrement. Plus de ces violences qui concilient la sympathie aux victimes et les rendent populaires. Mieux valait les supprimer sans bruit. Le fisc se chargerait de cette besogne.


    On avait inventé contre les Congrégations divers articles de lois de finances restés plus ou moins à l’état de lettre morte. On résolut de les rendre applicables par de savantes combinaisons – loi d’« accroissement » devenant « loi d’abonnement » – qui permettaient d’accabler les Congrégations d’impôts spéciaux, dans l’espoir de leur couper les vivres et les empêcher de subsister. Ce système avait, outre son efficacité certaine, le grand avantage d’atteindre les communautés de femmes aussi bien que les communautés d’hommes.


    Ces exactions devaient à bref délai tuer toutes les Congrégations, mêmes les plus fortunées.


    /…


    Fallait-il se prêter à une mort sans bruit par une sorte de strangulation lente, ou bien fallait-il user du droit de légitime défense et résister ?


    /…


    Le P. Bailly ne voulait cependant pas risquer aucune solution sans l’avis du P. Picard.


    /…


    Il obtint de voir un moment le P. Picard étendu dans son lit. Celui-ci lui dit :



    « Cette loi est le commencement de la fin, non seulement contre les religieux, mais contre le clergé. Il est de notre devoir, tant que Rome n’aura rien dit, de la combattre quotidiennement de toutes nos forces. Ne craignez pas de faire l’opinion pour la résistance. »


    Le P. Bailly, fort de cette parole, entra aussitôt en campagne, et on peut dire qu’il la mena brillamment. Le mot résistance fut le cri spontané de la France catholique, la ligne de conduite de toutes les communautés soutenues et encouragées d’abord par l’unanimité de l’épiscopat, et la loi d’oppression resta lettre morte durant quelques mois.


    /…


    La Croix résumait sa pensée dans une formule topique qu’elle publiait tous les jours en gros caractères :



    « Nous payerons le timbre-poste 0,30 francs s’il le faut, au lieu de 0,15 francs, si tout le monde paye ainsi ; mais nous refusons de payer le timbre-poste 0,16 francs si les autres citoyens le payent 0,15 francs. Nous ne voulons pas admettre que le dévouement nous prive de l’égalité devant l’impôt que nous garantissent les Droits de l’homme et la Constitution. »



    Mais quelle était la pensée du Pape ? Officiellement, Léon XIII laissa les Congrégations libres de leur décision. Pouvait-il, du reste, prendre officiellement parti pour une campagne de résistance contre le gouvernement avec lequel il traitait ?


    Cependant, il donnait à la résistance passive le plus significatif des encouragements, non seulement en bénissant avec effusion les résistants, mais en déclarant officiellement qu’on était libre de désobéir à la nouvelle loi ou d’y obéir. La liberté offerte était un indice grave contre le parti du gouvernement. Jamais, d’ailleurs, malgré les manœuvres de toutes sortes, on ne put obtenir du Saint-Siège qu’un ordre fût donné aux résistants d’obéir à une loi qui mettait les religieux « hors la loi ».


    /…


    Comment le gouvernement s’y prit-il pour arriver à briser le faisceau qui unissait d’abord les Congrégations dans une résistance commune ? L’histoire le dira plus tard. Ce fut à la fin une débandade.


    /…


    Par suite de la liberté obtenue de se soumettre ou non, les avis devenant libres, on vit se succéder parfois chez les mêmes personnes des appréciations diverses de la loi et de l’attitude à tenir. De là des conseils nécessairement divergents ou contraires qui jetaient l’angoisse ou la perplexité.


    /…


    Le Comité « Justice-Égalité » (page 96)


    Le désir de coordonner les forces catholiques en vue de l’action électorale allait grandissant et apparaissait comme la conséquence naturelle du ralliement demandé par Léon XIII.


    En 1895 notamment, au Congrès général des Comités de la Croix qui avait réuni un grand nombre d’hommes, prêtres ou laïques, venus de tous les points de la France, on insista vivement pour que, dans le sein du secrétariat général de la Croix, fût créée une section spéciale d’organisation électorale, où l’on centraliserait les renseignements et d’où viendraient les indications utiles.


    /…


    Le Comité « Justice-Égalité » aspirait si peu à la domination et à la direction du mouvement électoral, comme certains l’en accusèrent par la suite, que ses premiers efforts tendirent à réunir tous les groupes catholiques qui y consentirent – Associations catholique de la Jeunesse française, œuvre des Congrès nationaux catholiques, Union nationale de M. l’abbé Garnier, Union du commerce et de l’industrie pour la défense sociale, Démocrates chrétiens, Groupe républicain catholique de la Politique nouvelle.


    /…


    L’abnégation du Comité « Justice-Égalité » était d’autant plus manifeste, que seul en réalité, des sept groupes fédérés, il possédait une organisation électorale sérieuse et des ressources fournies par les souscriptions ouvertes dans la Croix.


    Malheureusement, au lieu d’élargir et d’accroître l’action pratique et méthodique du secrétariat électoral, la Fédération s’épuisa en longues discussions d’ordre général, qui la paralysèrent et l’empêchèrent de produire, lors des élections générales de 1898, les résultats espérés. Durant le bref délai de quinze jours, qui sépara les deux tours de scrutin, le Comité « Justice-Égalité », recouvrant sa liberté, agit, négocia et tira le meilleur parti possible de la situation.


    /…


    Le secrétariat « Justice-Égalité » apprit tout à coup que des dénonciations avaient été portées à Rome contre lui et contre le Comité des Congrès nationaux catholiques. Une sorte d’invitation, mais non officielle, vint même de Rome de n’avoir pas à continuer l’œuvre électorale, à cause des attaques dont elle était l’objet.


    Aussitôt, par esprit de soumission, le P. Bailly fit savoir au Vatican qu’il se disposait à dissoudre sans retard Comités et groupes divers, entre autres celui de Bordeaux, particulièrement visé par les milieux gouvernementaux. Immédiatement, par la même voie, une nouvelle instruction donnée en haut lieu, arriva de Rome, recommandant et même ordonnant de ne rien supprimer, au contraire, de continuer et d’activer le mouvement. Bien plus, il n’y a maintenant aucune discrétion à mentionner cet épisode, déjà raconté avec de longs détails dans plusieurs ouvrages importants, Léon XIII manda à Rome le P. Picard et le chargea, en même temps que Dom Sébastien, abbé général des Trappistes, de remettre en mains propres à chacun des évêques de France une note concernant, entre autres choses, les élections législatives de 1898.


    Mais le gouvernement commençait à s’inquiéter de cette organisation qui devenait puissante. Les libéraux qui prêtèrent main forte d’une façon plus ou moins dissimulée, et ce fut bientôt contre « Justice-Égalité », contre la Croix, et contre les Assomptionnistes. Pourquoi contre la Croix et contre les Assomptionnistes ? Parce que disait-on, c’étaient les Assomptionnistes et la Croix qui menaient tout ; c’étaient le P. Picard et le P. Bailly qui prétendaient régenter la France ou tout au moins soutenir une action qu’on disait désapprouvée par Rome, alors que Rome l’avait suscitée et venait encore d’ordonner si nettement de la continuer.


    Le dôme du Sacré-Cœur de Montmartre (page 98)


    Il convient d’ajouter une autre raison qui a un côté essentiellement religieux et qui, par ce motif même, rendait la Croix odieuse à la franc-maçonnerie.


    Au retour du Pèlerinage de Jérusalem (11 juin 1899), après la consécration solennelle du genre humain au Sacré-Cœur, la Croix, par la plume d’un de ses rédacteurs, « Pierre l’Ermite », lançait l’idée d’une souscription pour achever le dôme de Montmartre et faire tomber le hideux échafaudage. On réclamait pour cette œuvre de foi 400 000 francs. Cela semblait énorme. Or, par la souscription et les dons qu’elle provoqua, la Croix réunit en quelques semaines près de deux millions, ce qui stupéfia le gouvernement déjà mis en éveil sur la puissance de ce journal par le rôle qu’il avait joué dans le procès Dreyfus. On entendit des ministres et des députés radicaux faire, dans les couloirs de la Chambre, des réflexions inquiètes sur le succès de cette souscription et dire :



    « Si nous supprimions le budget des cultes, la Croix serait capable de le rétablir. Qui sait aussi les sommes qu’elle pourrait attirer au service des élections patronnées par elle ? »


    Voilà donc sommairement signalées les diverses origines de la persécution qui va sévir. Cette persécution satanique fut la rançon du dôme de Montmartre achevé, du succès et de l’influence croissante de la Croix sur le terrain de l’action franchement catholique, de la victoire contre la franc-maçonnerie internationale dans l’affaire Dreyfus, de la sérieuse organisation électorale élaborée par des catholiques indépendants de tous les partis qui inquiétait les politiciens et faisait peur aux Loges, de la résistance passive qui avait tenu en échec la « loi d’abonnement » et menaçait d’enrayer à jamais la réalisation du programme législatif de déchristianisation de notre pays.


    Telle fut la récompense de la ligne politique de la Croix, de sa fidélité aux directives pontificales, de sa loyauté à se placer sur le terrain constitutionnel et de son ardeur à combattre la législation impie, comme l’avaient recommandé les Encycliques et tant d’autres documents officiels et officieux de Léon XIII.


    Les « Moines-Ligueurs » (page 100)


    Les Loges maçonniques s’étaient donc rendu compte de la grande puissance de la Croix. Les revendications catholiques gagnaient en force, obtenaient les sympathies des honnêtes gens, et même, dans certains milieux libres penseurs, l’opinion devenait plutôt favorable à la cause que la Croix défendait.


    Or, le gouvernement venait de tomber entre les mains de Waldeck-Rousseau. Cet avocat d’affaires retors était imbu de ces doctrines étatistes issues du Droit romain et des Légistes de Philippe le Bel qui ont trop souvent prévalu en France sous tous les régimes, même et surtout sous les régimes dits de liberté. La suprématie de l’État, voilà le grand dogme. Pour ces légistes, « l’État c’est moi », et sous leur omnipotence on voit s’épanouir impudemment « le fait du prince » contre lequel personne ne doit rien avoir à dire.


    Pendant l’année 1899 s’élaborait dans les Conseils du gouvernement la fameuse loi d’association qui devait abolir l’article 291 du Code pénal par lequel étaient interdites les associations de plus de vingt personnes.


    Sur les ruines de cet article archéologique, inapplicable et inappliqué, s’élèverait une nouvelle législation qui accorderait la liberté pour les associations de droit commun. Seulement, il fallait prendre garde aux Congrégations ; celles-ci étaient des associations qu’on voulait purement et simplement étrangler. Comme cette loi de liberté devait être pour les Congrégations une loi de prohibition, elle défendrait d’abdiquer les droits innés de l’individu et du citoyen : droits de se marier, d’acheter, de vendre, de commercer, de posséder ; elle prohiberait aussi ce que les anticléricaux appellent l’abdication de la liberté.


    En termes plus simples et plus francs, elle proscrirait les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, tous les engagements perpétuels de la vie religieuse. Elle envelopperait ces prohibitions dans une phrase que l’avocat d’affaires avait trouvée dans le jargon de la basoche et par laquelle il déclarait nulle et de nul effet « toute association emportant renonciation aux droits qui ne sont pas dans le commerce. » Et elle proscrirait tout cela comme une immoralité, une diminutio capitis attentatoire à la dignité de l’homme et du citoyen.


    D’après le texte définitivement adopté, si, pour toute association de droit commun, on se contenta d’exiger qu’elle fût rendue publique par une déclaration préalable, avec indication de son objet, de ses membres, de ses biens, avec dépôt de ses statuts, ce qui revient à lui accorder de plein droit l’existence légale moyennant une simple déclaration, on édicta, par contre, qu’une autorisation spéciale des pouvoirs publics serait nécessaire pour chaque Congrégation et pour chaque établissement congréganiste. Il était facile de prévoir le sort qui serait fait aux demandes d’autorisation des religieux.


    Le gouvernement s’attendait évidemment à une rude bataille, peut-être à un échec, si les forces catholiques donnaient avec ensemble. L’ardeur combative de la Croix inspirait des soucis. Comment la faire taire ? Le P. Bailly n’allait certainement pas rester muet. La lutte, loin de le fatiguer, multipliait au contraire ses forces et son talent.
    On allait tenter, par une pression machiavélique, de mettre en œuvre la diplomatie pontificale.


    /…


    Les derniers coups (page 102)


    Le gouvernement agit alors directement à Rome. On en a des preuves historiques dans le Livre jaune.


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    À la fin d’octobre de cette même année 1899, ou au commencement de novembre, il y eut à Paris une entrevue entre le nonce et Waldeck-Rousseau. Trois ou quatre jours après, le nonce raconta au P. Picard cette conversation.



    « J’ai vu le président du Conseil, dit-il, qui m’a prévenu qu’on allait faire quelque chose contre les Assomptionnistes ; que le Pape ne s’en étonnât pas ; que lui, président du Conseil, était obligé d’agir à cause du Parlement, bien plus mauvais que lui, et que, par les mesures qu’il allait prendre, il espérait sauver les autres Congrégations, peut-être même pourrait-il éviter de présenter la loi d’association. Les Assomptionnistes auront ainsi l’honneur d’être le paratonnerre qui préservera les autres Congrégations.
    – J’ai répondu, disait le nonce, que certainement le Pape serait très affecté de ces mesures, quelles qu’elles fussent ; que c’était en somme un commencement de persécution de l’Église.
    – Je vous ai défendu de mon mieux, ajoutait-il, j’ai même dit à Waldeck-Rousseau : « Vous ferez du bien aux Assomptionnistes plutôt que du mal, car les attaquer eux seuls, c’est leur faire de la réclame et leur donner à penser qu’ils ont une puissance que je ne crois pas qu’ils aient. » « Eh bien ! Monseigneur, répondit Waldeck-Rousseau, si, en étant leur persécuteur, je leur fais du bien, ils prieront Dieu pour moi, d’autant plus qu’ils doivent prier pour leurs persécuteurs. »


    Le P. Picard dit au nonce :



    « Si vous nous laissez attaquer, toutes les Congrégations y passeront après nous. On nous en veut et on nous redoute parce que nous crions. Nous usons de la liberté de la presse qu’on ne peut nous contester. Nous sommes ainsi la seule digue en France qui puisse encore arrêter le torrent. C’est pour cela qu’on veut nous détruire. Quand nous aurons disparu, Waldeck-Rousseau, à l’instigation de la franc-maçonnerie ou de sa propre initiative, présentera la loi d’association, qui sera pour tous les religieux une loi de prescription, et cette loi sera votée, et sera exécutée. »


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    Trois jours après cette conversation, le 11 novembre 1899, toutes les maisons de l’Assomption, dans toute l’étendue du territoire, étaient envahies à la même heure, 8 heures du matin, par une nuée de magistrats, d’agents et de gendarmes, et minutieusement perquisitionnées, afin d’établir que les Assomptionnistes étaient associés plus de vingt ensemble sans en avoir obtenu l’autorisation. C’était fort grave, paraît-il. Et voilà l’article 291 du Codé pénal qui se réveillait de sa longue léthargie et qui, avant de disparaître à tout jamais de l’arsenal des lois, n’allait pas mourir, sans faire parler de lui.


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    Quoi qu’il en soit, un procès retentissant s’ensuivit, le fameux « procès des Douze ».


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    Bref, après cinq jours de débats, que le Siècle reproduisit in extenso, avec un zèle surprenant et des frais que ses finances justifiaient peu, les prévenus furent condamnés, le 25 janvier 1900, à 16 francs d’amende, et… à se dissoudre. La Cour d’appel confirma, le 6 mars, la décision du tribunal, accordant pour l’amende le bénéfice du sursis, mais pas de sursis pour la dissolution.


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    Le 12 février, Waldeck-Rousseau dépose un projet de loi dans le but de « réprimer les troubles apportés à l’ordre public par les ministres des cultes » et rendant passible d’emprisonnement le fait d’avoir critiqué ou censuré les actes du gouvernement, sous quelque forme que ce fût.


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    Entre temps, Henri Brisson proposait de nouvelles aggravations à la loi d’association.
    Le Souverain Pontife s’alarma ; d’autre part, un haut personnage ecclésiastique, qui s’en est vanté, se rendit à Rome pour l’assurer au nom de Waldeck-Rousseau que le gouvernement n’avait aucune intention hostile aux religieux.


    En conséquence, au lieu d’écrire aux Assomptionnistes une lettre de consolation dans leurs épreuves, comme il l’avait fait espérer, Léon XIII fit savoir au gouvernement, en mars, que, pour le bien de la paix et pour éviter un plus grand mal, il venait d’inviter les Assomptionnistes à s’abstenir désormais de prendre part à la rédaction de la Croix.


    La plume de P. Bailly était brisée. Son cœur aussi, on n’en doute pas. Mais aucune parole d’amertume ne s’échappa de ses lèvres. Sans une plainte, sans un mot d’explication, il rendit les armes, il quitta la Croix, son œuvre, en pleine bataille, en plein triomphe, et cela simplement, docilement, en religieux. À aucun prix il n’eût voulu récriminer ni découvrir son Chef et son Père, qui, dans sa sagesse, et avec l’espoir d’arrêter l’ennemi, croyait devoir sacrifier un de ses intrépides défenseurs.


    Les dispersés (page 160)


    Les religieux, dispersés en France, traités en parias dans leur propre pays, étaient les plus à plaindre, dans cet état de dislocation, de démembrement, que leur infligeait la persécution. Plus de lien possible entre eux, car le gouvernement veillait, il violait impudemment les correspondances, et les moindres soupçons de relations quelconques, de simples témoignages d’amitié entre frères du même Institut exposaient à des poursuites judiciaires pour crime de reconstitution de Congrégation, avec toutes les aggravations de la récidive. Il y eut contre eux de nouveaux procès et des condamnations sévères. Il fallait toujours se dissoudre et on ne savait pas comment. Même isolé, même seul, on n’était pas encore suffisamment dissous. Il aurait été nécessaire de se volatiliser pour échapper à toute atteinte.


    Plusieurs, traqués sans relâche, durent se résoudre encore à passer la frontière.


    C’est ce que fit le P. Bailly. Il vécut en grande partie à l’étranger pendant les années 1900 et 1901. Il conduisit à Jérusalem le pèlerinage du printemps 1900 et revint par Rome. Il alla ensuite à Gemert (Hollande), ou s’était réfugié le noviciat.


    Puis il visita Bure (Belgique), où s’étaient réfugiés les étudiants assomptionnistes de Paris et de Toulouse, en une première étape, avant de s’établir à Louvain ; et il rentra ensuite à Paris pour suivre à la fin de l’année la discussion de la loi contre les Congrégations.


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