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    La miraculeuse victoire de Théodose 1er

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    saint-michel

    Masculin Messages : 449
    Date d'inscription : 14/02/2016

    La miraculeuse victoire de Théodose 1er

    Message par saint-michel le Dim 24 Juil - 10:27



    L’histoire du Christianisme est, hélas, méconnue. Théodose 1er, empereur chrétien, a remporté une miraculeuse victoire le 6 septembre 394 sur ses ennemis païens, Eugène et Arbogast. Sans cette heureuse issue, l’empire romain ne serait pas devenu chrétien. Je vous laisse découvrir ce succulent moment historique à travers un texte de Valentin Esprit Fléchier, excellent prédicateur français du XVIIIe siècle.



    « Histoire de Théodose le Grand ». Page 335 à 363


    Eugène est fait empereur


    Cependant il fallut pourvoir à l’empire. Arbogaste, par une modération affectée, refusa cet honneur que personne ne lui eût disputé : et soit qu’il n’aimât pas le faste et qu’il se contentât de gouverner l’empire sans être empereur ; soit qu’il craignît de passer ouvertement pour le meurtrier de Valentinien, s’il venait à lui succéder ; soit qu’il crût que les Romains n’obéiraient pas volontiers à un Français, ni les Chrétiens à un païen, il jeta les yeux sur un de ses amis nommé Eugène, et résolut de le charger du nom et du titre d’une dignité dont il voulait se réserver toute la puissance. Eugène était homme d’une naissance basse, qui, après avoir professé la rhétorique avec quelque réputation, avait quitté les écoles et s’était mis à la suite de la cour, Ricomer, général des armées de Gratien, l’avait reçu chez lui en qualité de secrétaire, et, par tant pour Constantinople, l’avait recommandé à Arbogaste, comme un homme d’esprit et de savoir, qui pouvait le servir utilement. Arbogaste le choisit donc comme une de ses créatures, qui, ne pouvant prétendre au trône ni s’y maintenir sans son assistance, serait entièrement à lui par reconnaissance et par nécessité.


    Flavien, au nombre des païens, consentit à cette élection, parce qu’il espéra que sous un empereur aussi faible, il aurait plus de part au gouvernement, et que d’ailleurs il savait qu’Eugène, encore qu’il fût chrétien, avait beaucoup de penchant pour le paganisme. On eut quelque peine à faire accepter l’empire à cet homme timide et qui aimait son repos ; mais les uns lui promirent tant de secours, les autres lui prédirent tant de bonheur, qu’il prit enfin la pourpre et le diadème et se laissa proclamer empereur.


    Théodose apprend la mort de Valentinien


    Saint Ambroise fait son éloge a Milan. Les nouvelles de la mort de Valentinien surprirent extrêmement la cour de Constantinople. Théodose en fut très-sensiblement touché. Il écrivit incontinent aux princesses affligées des lettres de consolation sur la perte de leur frère, et pria saint Ambroise d’avoir soin de sa sépulture et de ses funérailles. Ce prélat, qui avait déjà fait préparer un magnifique tombeau de porphyre, le fit dresser dès qu’il en eut reçu l’ordre, et célébra solennellement les obsèques de ce pieux empereur, dont il fit l’éloge funèbre. Il en parla comme d’un parfait fidèle, quoiqu’il ne fût que catéchumène. Il assura qu’il n’avait pas manqué au baptême quoique le baptême lui eût manqué ; que la foi et la bonne volonté l’avaient purifié, et qu’on devait lui imputer une grâce qu’il avait souhaitée avec ardeur, qu’il avait demandée instamment, et à laquelle il s’était disposé par une courageuse confession de sa foi en refusant hautement aux païens le rétablissement de leurs autels. Il protesta néanmoins qu’il ne passerait aucun jour sans se souvenir de lui dans ses oraisons et dans ses oblations, ni aucune nuit sans lui faire part d’une partie de ses prières.


    Tout le peuple, touché des vertus et des malheurs de ce prince, renouvelait la tendresse et l’estime qu’il avait eues pour lui. Les princesses, à qui l’archevêque adressa une partie de ce discours, fondaient en larmes. Elles avaient passé plus de deux mois à pleurer, et à prier dans la chapelle où l’on avait mis en dépôt les cendres de leur frère. On ne pouvait les empêcher d’y entrer souvent, et elles en sortaient toujours presque mortes. Elles voulurent assister à ses funérailles, et depuis elles s’éloignèrent du monde, où elles ne trouvaient plus rien d’agréable, pour aller pleurer tout le reste de leur vie la perte qu’elles avaient faite, et pour chercher en Dieu seul les consolations qu’elles ne pouvaient attendre des hommes.


    Eugène fait alliance avec les peuples du Rhin


    Pendant qu’on rendait ces devoirs funèbres à la mémoire de Valentinien, Eugène, assisté des conseils d’Arbogaste et de Flavien, pensait à s’affermir dans sa nouvelle dignité. Il s’avança promptement vers le Rhin avec son armée, et fit faire des propositions si avantageuses aux rois des Français et des Allemands, qu’ils signèrent un traité de paix, et renouvelèrent leurs anciennes alliances avec l’empire. Arbogaste se réconcilia avec ces princes qu’il avait traités avec trop de hauteur dans les guerres passées. On raconte que dans un festin qu’il leur fit, ils lui demandèrent s’il connaissait l’évêque Ambroise, et, qu’ayant su qu’il avait eu l’honneur d’être au rang de ses amis et de manger souvent à sa table, ils s’écrièrent qu’il ne fallait plus s’étonner s’il avait remporté tant de victoires, puisqu’il était aimé d’un homme qui pouvait même arrêter le soleil s’il eût voulu. Cette alliance, avec deux nations si aguerries, retint tous les autres barbares et mit l’empire en sûreté.


    Eugène envoie des ambassadeurs à Théodose


    Eugène envoya alors des ambassadeurs, à Théodose, pour savoir de lui s’il voulait le reconnaître pour collègue. Ruffin l’Athénien, chef de l’ambassade, eut ordre de ne faire aucune mention d’Arbogaste. On se contenta d’envoyer des prêtres pour le justifier du meurtre dont on le chargeait. Théodose écouta paisiblement la proposition que lui fit l’ambassadeur, et, comme il ne voyait aucune lettre d’Arbogaste et qu’on affectait même de n’en point parler, il se plaignit de lui et l’accusa de la mort de Valentinien. Les prêtres alors prirent la parole et voulurent lui prouver qu’il en était innocent ; mais leur discours étudié ne fit qu’augmenter les soupçons qu’on avait de sa trahison.


    Quoique cet empereur eût sujet de rebuter les députés d’un meurtrier et d’un tyran, néanmoins il leur parla avec beaucoup de modération. Il les retint quelque temps, afin de délibérer à loisir sur le parti qu’il avait à prendre. Après quoi, jugeant qu’on chercherait à l’amuser par des propositions de paix, et qu’il n’y avait ni honneur, ni sûreté de traiter avec des traîtres, il renvoya ces ambassadeurs chargés de magnifiques présents, sans leur rendre aucune réponse positive.


    Eugène accorde aux païens le rétablissement des temples


    Cependant Eugène, après avoir réglé les affaires de l’État, consentit à ruiner celles de la religion. Il fut résolu dans son conseil, que Flavien et Arbogaste demanderaient le rétablissement des sacrifices et de l’autel de la victoire, et qu’après quelque difficulté on leur accorderait ce qu’ils souhaitaient, en sorte que les païens fussent contents et que les chrétiens ne fussent pas offensés. Ils présentèrent donc leur requête.



    Eugène feignit d’abord de ne vouloir rien entreprendre contre les lois de ses prédécesseurs et contre sa propre conscience ; mais enfin il consentit à tout ce qu’on voulut, protestant néanmoins que c’était à ses amis, et non pas à leurs dieux, qu’il accordait cette grâce, et que, s’il permettait de relever cet autel et de rétablir ces sacrifices, ce n’était pas pour faire honneur à des idoles dont il se moquait, mais pour gratifier des personnes de mérite à qui il ne pouvait rien refuser. Il crut avoir trouvé un tempérament plausible, et ménagé par ces vaines distinctions une religion à laquelle il n’était pas fort attaché, et qu’il ne lui convenait pas pourtant d’abandonner.


    Conduite de saint Ambroise à l’égard d’Eugène


    Saint Ambroise ayant appris, peu de temps après, qu’il venait à Milan en diligence, ne voulut pas l’y attendre, non pas par aucune crainte qu’il eût de sa puissance, mais pour l’horreur qu’il avait de ses sacrilèges. Il alla à Bologne pour assister à la translation des reliques de saint Agricole, martyr, où il avait été prié de se trouver. Il s’avança jus qu’à Fayance, où il séjourna quelques jours. De là il descendit en Etrurie, pour satisfaire au désir pressant des habitants de Florence, qui voulaient l’entendre prêcher et profiter de sa doctrine. Le saint archevêque n’avait pas ignoré quels étaient les desseins d’Eugène, et quelles devaient être les délibérations de son conseil. Eugène, de son côté, ne doutait pas que l’archevêque n’eût le courage de s’opposer à son impiété, ou pour le moins la lui reprocher. Aussi dès qu’il fut maître de l’empire, il lui écrivit des lettres très-obligeantes, pour rechercher son amitié, à dessein de s’en prévaloir dans la suite. Le saint ne lui fit aucune réponse précise, de peur d’autoriser son usurpation par des civilités qui pouvaient être mal interprétées. Il ne laissa pas pourtant de lui écrire en faveur de quelques malheureux qui avaient eu recours à lui, montrant, par cette sage conduite, qu’il ne savait point flatter contre son honneur et sa conscience, et qu’il ne refusait pas d’honorer et de prier ceux sur qui la providence de Dieu avait fait tomber la puissance souveraine.


    Mais aussitôt qu’il eut avis que cet empereur était arrivé à Milan, il lui écrivit une lettre pleine de zèle et de piété, où, sans toucher à son élection, ni aux affaires d’État qu’il laissait à Théodose si démêler, il lui dit entre autres choses :


    « C’est la crainte de Dieu, que je prends autant que je puis pour règle de toutes mes actions, qui m’a obligé de sortir de Milan. J’ai accoutumé, seigneur, de n’avoir égard qu’à Jésus-Christ, et de faire plus de cas de sa grâce que de la faveur des hommes. Personne ne doit s’offenser que je mette la gloire de Dieu au-dessus de la sienne. Dans cette confiance, je prends la liberté de dire aux grands du monde ce que je pense. Je n’ai pas flatté les autres empereurs, je ne vous flatterai pas aussi. J’apprends que vous avez accordé aux païens ce que vos prédécesseurs leur avaient constamment refusé. Bien que la puissance des empereurs soit grande, songez que Dieu est encore plus grand, qu’il voit le fond de votre cœur, et qu’il pénètre les replis les plus cachés de votre conscience. Vous ne pouvez souffrir qu’on vous trompe, et vous voulez cacher à Dieu, sous des bienséances humaines, l’injure que vous lui faites. N’y avez-vous pas fait de réflexion ? Ne deviez-vous pas avoir plus de fermeté pour refuser aux gentils un sacrilège, qu’ils n’en avaient pour le demander ? Faites-leur toutes les autres grâces qu’il vous plaira, je ne suis point jaloux de leur fortune. Je ne fais pas le censeur de vos libéralités, mais je suis l’interprète de votre foi. Aurez- vous le courage de présenter vos offrandes à Jésus-Christ ? Peu de gens s’arrêteront aux apparences ; chacun jugera de vos intentions. Vous répondrez de tous les sacrilèges qui se vont faire, et il ne tient pas à vous que tout le monde n’en fasse. Si vous êtes empereur, montrez-le par la soumission que vous devez à Dieu et à son Église.  »


    Enfin, après lui avoir témoigné qu’il a pour lui tout le respect qui est dû aux personnes de son rang, il ajoute ces paroles :


    « Mais, seigneur, comme il est juste que je vous honore, il est juste que vous honoriez aussi celui que vous voulez faire croire être l’auteur de votre empire. »



    Conduite d’Eugène. Édits de Théodose


    Eugène, bien loin d’être touché de cette lettre, se flattait des grandes espérances que lui donnait Flavien, de la part des dieux, d’une protection infaillible. Il se disposait même à la guerre, sur la prédiction d’une célèbre victoire qui devait lui conquérir un empire et ruiner la religion chrétienne. Théodose eut plus de regret d’apprendre que Rome avait ouvert les temples des dieux et que les sacrifices qu’il y avait abolis si heureusement y fumaient de tous côtés, que de la voir sous la puissance d’un usurpateur.


    II fit publier un nouvel édit dans tout l’Orient, par lequel il défendait à tous ses sujets d’immoler des victimes, de consulter les entrailles des animaux, d’offrir de l’encens à des figures insensibles, et de faire aucun autre exercice d’idolâtrie, sous peine d’être traités comme des criminels de lèse- majesté ; voulant que les lieux où l’on aurait offert de l’encens aux dieux, fussent confisqués, et condamna à une amende considérable les magistrats qui ne tiendraient pas exactement la main à l’exécution de cette ordonnance.


    Il fit encore une loi contre les hérétiques, et leur défendit de faire des ordinations et de tenir des assemblées, condamnant pour la première fois à une amende de dix livres d’or les clercs et les évêques de chaque secte qui auraient manque contre cette ordonnance. Par ces actions il attirait sur lui les secours du Ciel, pendant qu’Eugène se confiait en la force des hommes.


    Théodose se prépare à la guerre


    Après quoi il s’appliqua entièrement aux préparatifs de la guerre. Il déclara son fils Honorius empereur, et résolut de le laisser à Constantinople avec Arcadius, afin que leur présence entretînt la paix de l’Orient, pendant qu’il irait en personne combattre ses ennemis. On leva des troupes dans les provinces. Ricomer, un des plus anciens généraux, en devait avoir le commandement ; mais il mourut avant l’expédition. Ruffin eut ordre de demeurer auprès des jeunes princes, pour les assister de ses conseils. Tous les officiers généraux furent nommés, et partirent pour se rendre à la tête des corps qu’ils commandaient.


    Il consulte l’abbé Jean (an 393 de J.-C.)


    Théodose était encore à Constantinople, et se préparait à la guerre par ses jeûnes, par ses prières, et par les visites fréquentes des églises. Il avait envoyé au solitaire Jean, qui lui avait autre fois prédit la défaite de Maxime, pour le consulter sur l’événement de cette guerre. Le saint homme avait répondu que cette entreprise serait plus difficile que la première ; que la bataille serait sanglante ; que Théodose remporterait enfin une célèbre victoire, mais qu’il mourrait peu de temps après au milieu de sa gloire et de ses triomphes. L’empereur avait reçu ces deux nouvelles, l’une avec beaucoup de joie, l’autre avec beaucoup de fermeté.


    Il diminue les impôts


    Au lieu d’imposer de nouveaux tributs pour fournir aux frais de cette guerre, comme il avait fait autrefois, il supprima entièrement ceux que Tatîen, grand-maître du palais, avait imposés deux ans auparavant. Ainsi ces provinces eurent la joie de se voir soulagées, pendant que celles de l’usurpateur étaient opprimées par des impositions nouvelles et excessives. II ordonna même que tous les biens des proscrits, qui avaient été confisqués et réunis au domaine impérial, durant la magistrature du même Tatien, seraient rendus, sans aucune opposition, ou aux coupables qui en avaient été dépouillés, ou à leurs plus proches parents.


    Il règle les gens de guerre


    Après cela, craignant que les désordres des gens de guerre n’attirassent sur lui la haine des peuples et la vengeance de Dieu, il résolut de réprimer la licence des troupes. II envoya ordre à ses généraux de faire publier dans le camp de très- expresses défenses à tous les soldats de ne rien exiger de leurs hôtes, de ne leur demander aucun prix d’argent pour les espèces de pains qu’on leur fournissait, ni de prendre d’autres logements que ceux qui leur seraient marqués par les fourriers ; en joignant à tous les officiers de punir très-sévèrement ceux qui feraient la moindre exaction ou la moindre violence, et leur recommandant surtout d’avoir soin du repos et du bien des pauvres familles de la campagne, comme si c’était le leur propre.


    Édit de Théodose pour le pardon des injures


    Il ne se contenta pas d’avoir donné de si grandes marques de justice et de bonté, il voulut encore faire un acte héroïque de générosité chrétienne, et pardonner quelque injure, comme il avait pardonné, quelques années auparavant, la sédition du peuple d’Antioche. Il fit dresser un rescrit dans ces termes :


    « Si quelqu’un, contre toutes les lois de la pudeur et de la modestie, a entrepris de diffamer notre nom, par quelque action ou par quelque médisance, et s’est emporté jusqu’à décrier notre gouvernement et notre conduite, nous ne voulons point qu’il soit sujet à la peine portée par les lois, ni qu’on lui fasse aucun mauvais traitement : car, si c’est par une légèreté indiscrète qu’il a mal parlé de nous, nous le devons mépriser ; si c’est par folie, nous devons en avoir compassion ; si c’est par une mauvaise volonté, nous voulons bien le pardonner. »


    Ordre de l’armée de Théodose


    Après ces actions de clémence et de piété, Théodose partit de Constantinople. À sept milles de là, il s’arrêta pour faire sa prière dans une église qu’il avait fait bâtir en l’honneur de saint Jean-Baptiste. Après quoi il continua son voyage jusqu’à ce qu’il eût joint ses troupes, et s’avança du côté des Alpes. Timase commandait les légions romaines, qui avaient combattu avec tant de gloire en Orient contre les barbares et en Occident contre Maxime. Stilicon, prince Vandale, qui avait épousé la princesse Sérène, nièce de l’empereur, conduisait les troupes qu’on avait tirées des frontières depuis les derniers traités. Gainas était à la tête des Goths qui s’étaient donnés à l’empire depuis la mort du roi Athanaric. Après eux marchaient Saules et Alaric avec un corps de barbares, accourus des bords du Danube pour assister à cette guerre. Ils étaient suivis de quelques compagnies de vieux Ibériens, commandés par Bacurius, capitaine de leur nation, aussi zélé pour la défense de la religion chrétienne que pour le service de l’empereur. Gildon, gouverneur d’Afrique, avait eu ordre d’emmener un puissant secours ; mais il demeura armé, sans prendre parti, attendant sur qui tomberait le sort des armes, et songeant plutôt à se révolter lui-même qu’à punir la révolte d’Eugène. Théodose animait son armée par sa présence ; et, faisant porter devant lui le grand étendard de la croix, il espérait, avec le secours du Ciel, terminer heureusement cette guerre, où il s’agissait non seulement de l’empire, mais encore de la religion.


    Armée d’Eugène ; vues différentes des chefs ; leurs soins


    Eugène, de son côté, avait assemblé une puissante armée, composée de légions qui avaient servi sous Valentinien, d’une milice nombreuse que Flavien avait ramassée en Italie, excitant les païens d’aller au secours de leurs dieux, et d’une infinité d’Allemands et de Français, qu’Arbogaste, leur compatriote, avait engagés à son parti. Ces trois chefs avaient des vues différentes. Eugène cherchait le repos, et croyait pouvoir régner en paix après le gain d’une bataille. Arbogaste ne demandait que des occasions d’acquérir de la gloire et de se signaler dans les combats. Flavien ne voulait que rétablir le culte des Dieux, et se rendre considérable en se faisant le chef d’un parti. Ils convenaient pourtant tous en ce point, qu’il fallait vaincre Théodose et abolir la religion chrétienne. Eu gène, selon quelques historiens, y avait déjà renoncé, piqué de la retraite et de la liberté de saint Ambroise, et plus encore de la fermeté des prêtres de Milan, qui, par ordre de cet archevêque, l’avaient traité de sacrilège et n’avaient jamais voulu recevoir ses offrandes. Ils sortirent donc de la ville, et menacèrent d’exterminer les ecclésiastiques, et de faire de toutes les églises de Milan des écuries pour leurs chevaux, après la défaite d’Arbogaste, qui était chargé de tous les soins de cette guerre, s’avança avec toute l’armée, et de peur de l’affaiblir en la divisant comme avait fait Maxime, il marcha vers les Alpes avec toutes les forces d’Occident, résolu d’attendre Théodose et de lui fermer l’entrée de l’Italie. Il mit des troupes au bas des Alpes Juliennes, dont il donna la garde à Flavien ; il fit construire des forts sur les hauteurs, et se campa dans une grande plaine, le long du fleuve Frigidus, qui prend sa source dans ces montagnes. Favien, de son côté, immolait des victimes, produisait de nouveaux oracles, et faisait porter à la tête de l’armée, parmi les enseignes, les statues d’Hercule et celles de Jupiter foudroyant. On ne laissait à Eugène que le titre d’empereur, et le soin d’animer les troupes par ses harangues.


    Théodose force le passage des Alpes. (An 394 de J.-C.)


    Cependant Théodose arriva vers les Alpes, alla reconnaître les ennemis, et fit donner si brusquement sur ceux qui gardaient les passages, que la terreur et le désordre s’étant mis parmi eux, il se rendit maître de leurs retranchements, et emporta après quelque résistance ces forts qu’Arbogaste avait crus non seulement imprenables, mais encore inaccessibles. Flavien, qui s’était promis d’arrêter l’armée ennemie ou de la faire périr dans les détroits de ces montagnes, s’y voyant forcé, aima mieux mourir en combattant, que de survivre à son mal heur, et de souffrir la honte d’avoir donné de fausses espérances et de s’être trompé dans ses prédictions. Théodose passa promptement avec toute son armée par ce chemin qu’il s’était ouvert, et s’alla présenter en bataille devant les ennemis.


    En descendant des Alpes vers Aquilée, on découvre une grande plaine, capable de contenir plusieurs armées, coupée d’un côté par le fleuve Frigidus, et bornée de l’autre par des montagnes, qui sont comme de seconds remparts que la nature semble avoir faits pour la sûreté de l’Italie. Ce fut là qu’Arbogaste attendit Théodose pour le combattre. Il apprit sans s’émouvoir que les passages étaient forcés, et rassura ses troupes qu’une action si résolue avait un peu ébranlées. Il étendit dans la plaine cette armée de barbares qu’il avait emmenés des Gaules, laissant Eugène sur des hauteurs avec les légions romaines pour les soutenir. Après avoir donné ses ordres partout, et représenté aux troupes la confiance qu’il avait en leur valeur, la nécessité de vaincre, l’importance de la victoire et les ré compenses qu’elles devaient espérer, il se mit à la tête de quelques bataillons français, auxquels il avait donné l’avant-garde, et attendit quel mouvement ferait l’ennemi.


    Bataille de Théodose contre Arbogaste


    Théodose ne perdit point de temps ; et, pour garder le même ordre de bataille, il fit descendre dans la plaine, avec une diligence incroyable, toutes ses troupes étrangères, et se réserva avec le corps des soldats romains sur les éminences voisines.


    Quelque ardeur qu’on remarquât dans les deux aimées, elles se donnèrent le temps de se mettre en ordre et de prendre leurs avantages, jusqu’à ce que Théodose fît donner le signal pour marcher. Gaïnas fut le premier à la charge avec les Goths qu’il commandait. Arbogaste leur opposa des troupes françaises qui le reçurent avec beaucoup de courage et de fermeté. Le combat s’échauffa : les deux partis, assistés des corps qu’on avait détachés pour les soutenir, disputèrent longtemps la victoire ; mais enfin les Goths furent ébranlés, et, se voyant affaiblis par la perte de leurs principaux officiers et de leurs plus vaillants soldats, et accablés par le nombre de troupes qui leur tombaient à tous moments sur les bras, ils commencèrent à plier, et, se renversant les uns sur les autres, mirent toute l’armée en désordre.


    Défaite des Goths. Piété de Théodose. Mort de Bacurius


    Arbogaste profitant de la confusion où ils étaient, les poursuivit avec quelques escadrons de réserve et en fit un horrible carnage. Dix mille Goths y furent tués sur la place ; le reste fut presque mis hors de combat, et toute cette multitude de barbares allait être entièrement défaite. Théodose, qui d’une hauteur découvrait la déroute de ses gens, et voyait sa perte inévitable si Eugène venait fondre sur lui avec ses légions romaines, eut recours à Dieu en cette extrémité, et, levant les mains au Ciel, il fit cette prière :


    « Vous savez, mon Dieu, que j’ai entrepris cette guerre au nom de Jésus-Christ votre fils. Si mes intentions ne sont pas aussi pures que je pensais, que je périsse. Si vous approuvez la justice de ma cause et la confiance que j’ai en vous, secourez-moi, et ne permettez pas que les gentils disent : Où est le Dieu des Chrétiens ? »


    À peine eut-il achevé ces mots, qu’il descend dans la plaine avec les Romains, qu’il excitait par sa piété et par son courage, et s’avance pour arracher aux ennemis une victoire qu’il croyait assurée. Cependant Bacurius donnait des marques d’une fidélité et d’une valeur extraordinaire ; car, après avoir rallié les fuyards et s’être mis à la tête avec les Ibériens, il soutenait tout le poids du combat, essuyant tous les traits des ennemis qui le char geaient de tous côtés, et arrêtant leur furie jusqu’à ce que Théodose fût arrivé.


    Retraite et perte considérable de Théodose


    Alors le combat recommença. L’un et l’autre parti s’efforçaient de vaincre, les uns enflés de leurs premiers succès, les autres animés par la présence de l’empereur. On attaquait, on résistait sans craindre le péril, sans reculer de part ni d’autre. Mais, quelque effort que pût faire Théodose, il ne put jamais remporter aucun avantage sur Arbogaste, qui se soutenait par sa valeur, par sa conduite, par la multitude et par le courage de ses troupes. Enfin la nuit termina le combat, et chacun fut obligé de se retirer dans son camp. La perte ne fut pas considérable du côté d’Eugène, et Théodose perdit plusieurs officiers, et surtout le brave Bacurius, qui, après avoir écarté plusieurs fois les ennemis et percé leurs escadrons l’épée à la main, fatigué du travail de cette journée, affaibli par les blessures qu’il avait reçues, vint tomber enfin, à la vue de l’empereur, sur un tas de barbares qu’il avait tués de sa propre main.


    Espérance d’Eugène. Théodose tient conseil de guerre


    Les deux empereurs passèrent la nuit bien différemment. Eugène fit allumer des feux par tout son camp, distribua des récompenses à ceux qui s’étaient distingués par quelque action éclatante, et crut avoir remporté une entière victoire. Il ne douta pas même que Théodose ne se sauvât à la faveur de la nuit avec les troupes qui lui restaient. Théodose, de son côté, ayant regagné son camp sur la montagne, assembla les principaux chefs de son armée et tint conseil de guerre. Timase et Stilicon furent d’avis de céder au temps, et de pourvoir promptement à la sûreté de la retraite. Ils représentèrent, qu’après la perte qu’on venait de faire, il ne fallait penser qu’aux soins de se rétablir ; que c’était assez d’avoir été vaincus ; qu’il fallait se garder d’être entièrement défaits ; que ce serait sacrifier les restes de l’armée, que l’exposer au hasard d’un second combat, et qu’il y aurait de la témérité à vouloir forcer, avec un petit nombre de soldats rebutés, des ennemis qui se confiaient en leur multitude et en leur valeur, et qui venaient de remporter un avantage si considérable ; qu’il valait mieux se renfermer dans les bonnes places de l’empire, afin d’assembler de nouvelles troupes pendant l’hiver, et de se remettre en campagne au commencement du printemps, pour recommencer la guerre à forces égales.


    L’empereur rejeta leur conseil, et, les regardant avec quelque indignation :


    « À Dieu ne plaise, leur dit-il, que la croix de Jésus-Christ qui paraît dans mes drapeaux fuie devant les statues d’Hercule et de Jupiter qu’on porte parmi les enseignes des ennemis ! »


    Ces paroles, dites avec une grande confiance, inspirèrent à ses capitaines la constance qu’il leur souhaitait. Il donna les ordres nécessaires pour le lendemain, et se retira dans une chapelle proche du lieu où il était campé, pour y passer le reste de la nuit en prière.


    Théodose résolu de combattre. Apparition miraculeuse


    On rapporte que, s’étant endormi vers le matin, il vit en songe deux cavaliers montés sur deux chevaux blancs, qui l’encourageaient à combattre et lui répondaient du succès de la bataille, assurant qu’ils étaient Jean l’évangéliste et Philippe, apôtres de Jésus-Christ, envoyés de Dieu pour marcher devant ses enseignes et pour marquer à ses soldats le chemin qui devait les conduire à la victoire. Soit que ce songe ne fût qu’un effet de l’imagination de ce prince encore échauffée du dernier combat, et d’un nouveau désir de vaincre avec l’assistance du Ciel ; soit que ce fût un témoignage sensible de la protection de Dieu sur lui, il raconta, en s’éveillant, ce qu’il avait vu, et sortit de la chapelle accompagné d’une partie de ses officiers, pour aller mettre son armée en bataille. On lui présenta dans ce même temps un soldat qui avait eu, la même nuit, une vision semblable à la sienne. Il l’interrogea, lui fit redire plusieurs fois toutes les circonstances de ce songe, et, prenant de là occasion d’encourager son armée, il dit à ses capitaines :


    « Qu’ils ne pouvaient plus douter du succès de la bataille, après ce nouveau témoignage ; qu’il l’avait résolue contre leurs avis, mais que c’était par un ordre secret de Dieu qui leur envoyait des chefs invisibles pour les conduire ; que toutes les forces humaines n’étaient plus à craindre, puisque le Ciel était pour eux ; qu’ils combattissent vaillamment sous de si puissants auspices ; et qu’ils regardassent leurs protecteurs et ne comptassent point leurs ennemis ».


    Cette nouvelle s’étant répandue par toute l’armée, releva le courage des soldats, et comme il n’y a point de plus forte confiance que celle qui est fondée sur la religion, ils ne demandèrent plus qu’à combattre. Ils croyaient voir tout le ciel armé pour leur défense, et s’attendaient, non pas à un combat douteux, mais à une victoire certaine. Théodose profita de cette ardeur et les fit descendre promptement dans la plaine.


    Seconde bataille de Théodose


    Comme il achevait de donner ses ordres, il reçut des lettres de quelques officiers de l’armée ennemie qu’on avait postés sur les montagnes, qui lui promettaient de se ranger de son parti, s’il voulait leur accorder les mêmes honneurs et le même rang qu’ils avaient sous Eugène. L’empereur, ayant pris des tablettes de quelqu’un de ceux qui étaient auprès de lui, leur marqua les emplois qu’il leur destinait, s’ils s’acquittaient de leurs promesses ; après quoi il marcha droit à l’ennemi, se munissant du signe de la croix qui fut le signal de la bataille.


    Confiance d’Arbogaste


    Cependant Arbogaste se disposait à le recevoir, et ne sachant d’où pouvait venir cette assurance à des gens vaincus à qui il ne restait que peu de troupes, il détachait à tous moments des escadrons pour se saisir des postes avancés, et rangeait son armée en sorte qu’il pût l’étendre dans la plaine pour envelopper l’ennemi. Eugène, du haut d’une colline où l’on avait dressé son pavillon, haranguait ses soldats et leur remontrait qu’ils n’avaient plus que cette fatigue à essuyer ; qu’il était aisé de rompre ce gros de désespérés, qui venaient plutôt pour mourir que pour combattre ; qu’ils verraient plier à la première attaque ce reste d’armée qu’ils avaient défait le jour précédent, s’ils voulaient le charger courageusement et achever une victoire qui était déjà bien avancée : il leur promit à tous des récompenses, et donna ordre aux officiers de prendre Théodose et de le lui amener vif et chargé de fers.


    Résolution de Théodose


    Comme les armées furent en présence, Théodose remarqua que son avant-garde, à la vue d’une si grande multitude d’ennemis, marchait un peu trop lentement ; et, craignant qu’Arbogaste ne profitât de cette lenteur, il descendit de cheval et s’avança lui seul vers les premiers rangs, et, s’écriant avec une sainte confiance : « Où est le Dieu de Théodose ? » Il ranima ses troupes et les mena lui-même au combat.
    Il se déchargea d’abord de part et d’autre une grêle de flèches et de traits qui obscurcirent l’air. On se mêla peu de temps après. L’exemple du prince et l’espérance du secours du Ciel, excitaient les uns, la colère et l’indignation poussaient les autres à faire des efforts extraordinaires. L’ardeur était pareille dans les deux partis, et il n’y avait encore aucun avantage considérable. Les choses étaient en cet état dans l’aile droite où Théodose combattait, lorsqu’on vint lui donner avis que ses troupes auxiliaires, qui composaient l’aile gauche, étaient vigoureusement attaquées par Arbogaste, et qu’elles commençaient à s’ébranler si elles n’étaient soutenues.


    Arbetion se rend à Théodose


    Théodose monta promptement à cheval, et courut, suivi de quelques-uns des siens, vers ces barbares, pour se mettre à leur tête et les encourager par sa présence. Mais il aperçut un gros de cavalerie ennemie, qui, s’étant avancé par les détroits des montagnes, s’était jeté dans la plaine et venait de fondre par derrière sur son armée. Il s’arrêta et se mit en état de se défendre avec le peu de gens qui l’accompagnaient. Le comte Arbetion, qui commandait ces escadrons ennemis, était prêt à tomber sur Théodose et l’aurait infailliblement accablé avant qu’il pût être secouru ; mais, soit que la contenance fière et majestueuse de ce prince lui eût inspiré du respect et de la vénération pour sa personne, soit qu’il fût venu dans le dessein de suivre le meilleur parti, il baissa les armes et se rangea avec ses troupes près de l’empereur, pour le suivre et pour lui obéir.


    Incertitude de la victoire


    Théodose, se voyant non seulement délivré d’un grand danger, mais encore renforcé d’un secours considérable, tourna du côté de son aile gauche, qu’il rassura par sa présence. Mais, quelque effort qu’il fît dans le combat sanglant et opiniâtre, où la valeur était si grande dans les deux partis et le nombre si inégal, le courage et la prudence d’Arbogaste, la vigueur et l’obstination de ses troupes, les ressources qu’il trouvait dans la multitude de ses soldats, allaient sans doute ruiner l’armée de Théodose. Elle s’affaiblissait insensiblement, et allait être sinon vaincue, du moins fatiguée par la longueur de la bataille, lorsque le Ciel se déclara pour cet empereur, par une merveille que les païens mêmes n’ont pu dissimuler.


    Vent miraculeux. Victoire de Théodose


    Il se leva du sommet des Alpes un vent impétueux entre l’orient et le septentrion, qui, soufflant tout à coup sur les escadrons d’Eugène, les mit dans un étrange désordre. Ils étaient ébranlés, quelque effort qu’ils fissent pour demeurer fermes. Leurs boucliers leur étaient comme arrachés des mains. Les flèches qu’ils tiraient, ou perdaient leur force en l’air, ou retournaient contre ceux qui les avaient tirées. Les flèches qu’on décochait contre eux, poussées par des tourbillons rapides, portaient dans leur sein de profondes et mortelles blessures. Des nuées de poussières, que l’orage avait élevées, donnaient dans le visage des soldats et leur ôtaient l’usage de la vue et de la respiration même. Ainsi ils demeuraient comme immobiles et comme liés par une puissance invisible, sans pouvoir ni attaquer ni se défendre, exposés aux dards et aux javelots qu’on leur lançait de toutes parts.


    Alors les troupes de Théodose, reconnaissant le secours du Ciel qui combattait si manifestement pour elles, enfoncent les ennemis l’épée à la main, et font un horrible carnage de ces barbares, qui, le jour précédent, avaient remporté tant d’avantage. Arbogaste, après s’être raidi inutilement contre le ciel et contre la terre, ne voyait plus de salut pour lui que dans la fuite. Les chefs des légions d’Occident demandaient quartier, et imploraient la clémence du vainqueur à qui Dieu les avait soumis, et Théodose se voyait pour la seconde fois dompteur des tyrans et maître absolu des deux empires.


    Il fit sur-le-champ cesser le carnage. Il accorda à tous les officiers la grâce qu’ils demandaient, et leur ordonna, pour preuve de leur fidélité, de lui amener Eugène. Les principaux d’entre eux partirent d’abord pour exécuter cet ordre. Ils trouvèrent sur une hauteur ce tyran, qui, se confiant aux premiers succès de la bataille, et n’ayant pu discerner la défaite de ses troupes parmi les orages et la poussière qui les couvrait, attendait à tout moment des nouvelles d’une pleine victoire. Il aperçut ces hommes qui couraient vers lui à toute bride, et, commençant à triompher en lui-même, il leur demanda, dès qu’il put être entendu, s’ils lui amenaient Théodose, comme il leur avait commandé. Toute la réponse qu’on lui fit, ce fut de l’enlever lui-même, de le dépouiller de ses habits impériaux, et de le traîner aux pieds du vainqueur.


    Mort d’Eugène et d’Arbogaste


    Théodose, le regardant avec un air de mépris, mêlé pourtant de quelque pitié, lui reprocha le meurtre de Valentinien, l’usurpation de l’empire, les désordres de la guerre civile, surtout le renversement de la religion, et les honneurs, rendus aux statues d’Hercule et de Jupiter ; et comme ce misérable, sans autre justification, demandait lâchement la vie, l’empereur, se tournant, l’abandonna aux soldats, qui lui tranchèrent la tête la troisième année de son règne, le sixième jour de septembre. Le malheureux Arbogaste, après avoir erré deux jours par les montagnes, abandonné de Dieu et des hommes, et désespérant de pouvoir échapper à ceux qui le cherchaient pour le mener à Théodose, se chargea lui-même de son supplice, et se passa deux épées l’une après l’autre au travers du corps.


    Clémence de Théodose


    L’empereur, satisfait de la mort de ces deux coupables, pardonna à tous ceux qui avaient suivi leur parti. Jamais prince ne fut plus modéré dans ses victoires. Il n’insultait jamais aux vaincus, et souvent il les plaignait. Sa fierté cessait d’ordinaire avec la guerre. Il savait pardonner et ne savait presque pas punir ; et, oubliant qu’il eût eu des ennemis, dès qu’il avait achevé de vaincre, il faisait du bien à ceux-mêmes qui avaient porté les armes contre lui.


    Il apprit que les enfants d’Eugène et de Flavien s’étaient réfugiés dans les églises d’Aquilée : il envoya promptement un tribun, avec ordre de leur sauver la vie : il eut soin qu’on les élevât dans la religion chrétienne. Il leur laissa des biens et des charges, et les traita comme s’ils eussent été de sa famille. Après avoir mis ordre à la sûreté de ses ennemis, il fit de grandes largesses aux troupes et leur distribua tout le butin ; et comme il faisait emporter ces statues de Jupiter, que les païens avaient dressées sur les montagnes, ayant ouï quelques soldats qui disaient plaisamment, qu’ils voudraient bien être foudroyés de ces foudres d’or, ils les leur fit donner sur-le-champ. Mais comme cette victoire était la victoire de Dieu plutôt que la sienne, son principal soin fut d’en faire rendre par tout son empire de solennelles actions de grâces. Il dépêcha des courriers à Constantinople, pour donner avis aux jeunes princes qu’il y avait laissés, de l’heureux succès de ses armes. Il en écrivit surtout à saint Ambroise, pour le prier de remercier Dieu de sa victoire.


    Affection de saint Ambroise pour Théodose


    Ce saint archevêque était retourné à Milan aussitôt qu’Eugène et Arbogaste en furent sortis ; et quelque terreur qu’ils eussent répandue dans l’Italie, il avait toujours espéré que Dieu favoriserait le bon parti, et prendrait la protection de Théodose. Lorsqu’il apprit que ce prince avait gagné la bataille, et qu’il eut reçu ses ordres, il offrit en son nom le saint sacrifice, mettant sa lettre sur l’autel, et la présentant à Dieu comme un gage de la foi de ce pieux empereur. Après s’être acquitté de ce devoir, il lui envoya un de ses diacres avec des lettres, par lesquelles, après s’être réjoui de la prospérité de ses armes, il lui représentait qu’il devait en donner à Dieu toute la gloire ; que sa piété y avait plus contribué que sa valeur, et qu’il manquait encore quelque chose à sa victoire, s’il n’avait pardonné à ceux qui se trouvaient enveloppés dans le malheur plutôt que dans les crimes des tyrans. Peu de temps après, il partit lui-même de Milan, pour aller trouver l’empereur à Aquilée.


    Entrevue de saint Ambroise et de Théodose


    Leur entrevue fut pleine de joie et de tendresse. L’archevêque se prosterna devant ce prince, que sa piété et la protection visible de Dieu sur lui, avaient rendu plus vénérable que ses victoires ni ses couronnes, et lui souhaita que Dieu le comblât de toutes les prospérités du ciel, comme il l’avait comblé de toutes celles de la terre. L’empereur, de son côté, se jeta aux pieds de l’archevêque, attribuant à ses prières les grâces qu’il venait de recevoir de Dieu, et le conjurant de faire des vœux pour son salut, comme il en avait fait pour sa victoire. Ils s’entretinrent ensuite des moyens de remettre la religion dans l’état où elle était avant cette guerre, et ne se quittèrent plus.


    Prédiction de la victoire de Théodose


    Cependant les courriers qu’on avait dépêchés à Constantinople y arrivèrent, et le bruit de la défaite d’Eugène s’étant d’abord répandu dans toutes les provinces de l’empire, il s’y fit des réjouissances publiques. Quelques historiens racontent que cette nouvelle avait été déjà annoncée par des voies extraordinaires, et qu’au moment que Théodose forçait le passage des Alpes, un démon, qu’on exorcisait dans l’église de saint Jean-Baptiste que ce prince avait fait bâtir, s’écria pitoyablement :


    « Faut-il donc que je sois vaincu et que mon armée soit en déroute ? »


    La prédiction du saint abbé Jean fut encore plus remarquable. Evagre et ses compagnons, qui visitaient alors les monastères de la Thébaïde, s’arrêtèrent quelque temps auprès de ce merveilleux solitaire, et comme ils prenaient congé de lui, après avoir reçu ses instructions et admiré sa sainteté, il leur dit en les bénissant :


    « Allez en paix, mes chers enfants, et sachez qu’on apprend aujourd’hui dans Alexandrie que l’empereur Théodose a défait le tyran Eugène ; mais ce prince ne jouira pas longtemps du fruit de sa victoire, et Dieu le retirera bientôt de ce monde ».


    La vérité de ces prédictions fut reconnue dans les temps que ce saint homme avait marqués. Les jeunes empereurs n’oublièrent rien de ce qui pouvait rendre cette victoire plus célèbre. Ils firent de grandes largesses au peuple, donnèrent des spectacles magnifiques, et surtout rendirent à Dieu des actions de grâces avec une pompe que leur présence et celle des principaux évêques d’Orient rendirent très-solennelles. »


    Spoiler:
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    Jean

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    Date d'inscription : 22/01/2016

    Re: La miraculeuse victoire de Théodose 1er

    Message par Jean le Dim 24 Juil - 13:29

    Long mais très intéressant, vaut vraiment la peine d'une bonne lecture.
    study

    Jésus, j'ai confianc

      La date/heure actuelle est Sam 21 Oct - 8:40