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    L'importance de la famille

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    saint-michel

    Masculin Messages : 382
    Date d'inscription : 14/02/2016

    L'importance de la famille

    Message par saint-michel le Dim 19 Juin - 8:39



    Pour comprendre le XXIe siècle, quoi de mieux que de se replonger dans un passé qui fut plus érudit que le nôtre ? Cette nouvelle conférence rédigée par Antonin du Velay, aux alentours de 1850, explique parfaitement le processus de dégradation qui prend ses racines dans la révolution française. Nous pouvons en déduire que le confort abaisse le niveau de réflexion pour tendre vers un nihilisme que masque la doctrine socialiste. Si le XXe siècle était brisé par la guerre, le XXIe l’est par une décadence moribonde.


    Cet excellent texte nous rappelle avec brio de profondes réalités tout en étant, de surcroît, complémentaire aux autres !
    Plutôt que de perdre du temps à paraphraser cet auteur, je vous laisse découvrir son œuvre indispensable à la bonne compréhension de la mort de la France.


    « LA FAMILLE SELON LES TRADITIONS RELIGIEUSES »


    Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Cette réflexion de l’auteur des Pensées s’applique bien au sujet qui nous occupe.


    Nous avons vu que l’interprétation de l’histoire naturelle de l’homme par la libre pensée n’a pas besoin de l’intervention divine. Tout se réduit, dans l’évolution de l’espèce, à un conflit de forces où l’élément le plus vigoureux triomphe du plus faible. Dans ce système, l’intelligence n’étant qu’un agent de comparaison, cela nous conduit logiquement à la morale de l’intérêt bien entendu, et en politique au Prince de Machiavel : le succès reste donc la seule sanction des œuvres humaines.


    Aussi, voyez le résultat. Nous aboutissons, après six mille ans de civilisation et de critique, à manifester la férocité par la civilisation même. Jamais les classes populaires n’eurent autant d’instruction ou plutôt de lecture, et nos ouvriers s’enrôlent en masse dans l’Internationale ; on ne vit jamais d’armée plus savante que l’armée d’Allemagne, et, dans la dernière invasion, les officiers prussiens se sont livrés à des brutalités si ignobles qu’on rougirait de les écrire. Sauvagerie pure au point de départ, sauvagerie raffinée au total du progrès, tel est le bilan de la science libre penseuse.


    Les croyances sont bafouées comme une niaiserie qui prend des imaginations pour des réalités ; la révélation, fondement de notre foi, est rejetée dans le domaine des légendes fabuleuses, et les faits miraculeux sur lesquels elle s’appuie sont mis hors la loi d’observation, seul code que prétende respecter la libre pensée.


    Cependant, soit qu’avec l’Église on tienne l’état sauvage pour un effet de la Chute, soit que par un certain accord avec quelques-unes des hypothèses des exégètes on suppose des races préadamites, il faut constater cette tradition universelle qui atteste la noblesse du genre humain :


    Le jour où l’homme reçut conscience de sa moralité, qu’il connut l’idée, de justice, qu’il entendit un appel lui proposant une autre fin que celle de tuer pour vivre, en attendant de crever comme les autres animaux, ce jour est resté à jamais mémorable, car, ce jour-là, l’homme avait parlé avec Dieu ! L’homme avait pris réellement conscience de son être véritable : Adam était créé !… Dieu l’avait divinement tiré de la boue (poussière délayée).


    Transmettre la mémoire de ce sublime entretien devient dès lors l’affaire capitale : il faut perpétuer la parole révélatrice par des rites saints, le foyer est allumé, le feu ne s’éteindra plus sur l’autel ; la femme, Eve, est l’épouse consacrée à la conservation du foyer. Le fils n’est plus seulement une bête de proie et souvent proie lui-même, singeant son horrible père dans ses furieuses ou sournoises attaques ; il a maintenant un nom à porter ; des ancêtres, toujours existants quoique disparus, à honorer ; des traditions saintes à transmettre, un Dieu à glorifier, une âme à cultiver, un champ à féconder ; et enfin, plus tard, peu à peu, d’autres hommes à évoquer, des étrangers à convertir de l’anthropomorphisme plus ou moins simiesque en l’image de Dieu.


    Depuis, chacun de nous reçoit cette tradition : Voilà ce qu’il faut faire, c’est le bien ; voilà ce qu’il faut repousser, c’est le mal. Il faut aller là-haut, vers Dieu ; fuyez la voie qui mène là-bas. C’est la perte de la vie et de la gloire éternelle !


    Tout homme qui se montre fidèle au devoir et a la pratique du bien, est déclaré vertueux, c’est-à-dire fort, au sens moral du mot ; on le constitue en dignité et il prend part à la liberté de ceux qui agissent, dans les lignes du bien. Celui qui fait le mal, désobéit au devoir, est noté d’infamie, méprisé comme faible, comme lâche ; on le retranche de la société des honnêtes gens, on lui supprime même la part de liberté dont on l’avait crédité en l’honneur de la famille et dans l’espoir qu’il n’en serait pas indigne.


    Donc la liberté est d’ordre moral et non pas naturel. Le seul droit que produise et connaisse la nature est le droit de la force brutale.
    La Famille est surnaturelle… Elle est à la fois le foyer générateur et l’expression suprême de cet élément supérieur de notre être, l’Esprit, le Verbe, « la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. »


    Les caractères essentiels de la famille sont tous contenus dans sa religion. Toute véritable famille n’est autre chose que le ministère d’une tradition vivante et sacrée, dont chaque membre est un fonctionnaire responsable. Depuis le chef ou père jusqu’au dernier serviteur domestique, chacun a sa place et son devoir définis dans une hiérarchie régulière, dont tous les actes sont ordonnés par un rituel : en un mot, la famille est un ensemble cultuel, un organisme religieux, un être dont l’essence est divine ou surnaturelle. Ce n’est point une démocratie, mais une hiérarchie qui obéit à une loi pieusement respectée, soumise à une autorité sainte dont la fidélité est le lien affectueux, où tous reconnaissent et remplissent des devoirs, où personne ne réclame d’autre droit que celui qui est la sanction du devoir accompli.
    Le Père, principal dépositaire ou ministre de l’autorité, n’exerce point son ministère pour lui-même, mais pour le bien commun… Ministère signifie service, ministre, serviteur.


    La religion de la famille n’est autre chose que la révélation de notre destinée, sa fonction une charge d’âmes, son ministère la culture de tous pour le salut : en un mot, la conscience vivante d’une finalité… La finalité ou but de la fonction, tel est le critérium de toutes les choses morales dans l’œuvre de Dieu. C’est le premier mot du catéchisme.


    Au point de vue élevé, la religion n’est, elle-même, qu’une famille cultuelle dont Dieu est le père, l’Église la mère et tous les fidèles les enfants pieux et soumis : sa finalité, la conquête du Royaume éternel.


    Il en est de même d’une nation : le roi est le père, la patrie la mère bien-aimée ; ses traditions vénérées le lien ; sa finalité, la moralisation et l’illustration de tous ses enfants, sous la censure des ministres de sa croyance qui président sacramentellement à son culte. Pas de culte, point de patrie : ceux qui ne défendent pas leurs autels sont d’aveugles esclaves, faits pour être tôt ou tard asservis.


    Tel est le mystère de la Famille, au sens particulier d’une maison ou patricial et au sens public ou national.


    Ceci n’est point une théorie abstraite, une hypothèse systématique d’une application douteuse ; non, cette thèse sur la famille a pour elle la sanction de l’expérience dans le passé et, même à présent, il n’y a point d’autre réalité.


    De même qu’il serait ridicule d’imaginer une famille naturelle sans générateur, ou de vouloir réaliser une maison morale en supprimant l’autorité, respectable du père, il est absurde de supposer un peuple sans chef.


    Il n’existe pas dans toute l’histoire un seul exemple d’une nation qui n’ait eu des rois pour auteurs. Et la raison de ce fait universel est évidente, puisque les anciens peuples n’ont été et n’ont pu être que des réunions de tribus patriarcales, fixes ou nomades, sous une même loi religieuse. Donc, nous pouvons poser cet axiome :


    Jamais un peuple n’a fait ses rois, et tous les peuples ont été évoqués, formés et conservés par leurs rois… Il n’y a pas une seule exception à cette loi absolue.


    Cela étant, et cela est incontestable, nous pouvons parler sans embarras des récriminations qu’on peut élever contre l’aveugle autorité de quelques pères et le despotisme de la plupart des monarques. Ce point est grave, l’aborder est scabreux, l’esquiver est plus difficile encore, car tout un monde d’objections victorieuses se lèveraient dans l’esprit du lecteur et l’auteur de ce travail aurait, par là-même et pour ce seul point, perdu toute sa peine.


    Il faut donc répondre à cette importante objection, qui a de tout temps inspiré la passion des réformateurs et motivé, si non justifié, la révolte et les révolutions.


    Oui, il y a des pères injustes et sans conduite ; oui, souvent les monarques tendent au despotisme.


    Eh bien ! Quant aux rois, on peut démontrer, que la plus mauvaise des monarchies est préférable à la meilleure des républiques démocratiques, et que cette dernière est, du reste, une chimère irréalisable.


    Sur l’autre point, il nous sera facilement accordé, sans doute, qu’on ne saurait choisir son père. À l’égard de l’injustice et de l’inconduite possibles du chef de la famille dans laquelle il nous faut naître, on peut rechercher et prendre certaines garanties ; mais l’inconvénient de l’immoralité, chez le père comme chez l’enfant, est une de ces infirmités inhérentes à la nature humaine, dont on peut atténuer les conséquences sans pouvoir jamais en supprimer la cause.


    Loin de vouloir les nier, nous pensons cependant que ces cas d’injustice paternelle étaient moins fréquents et moins graves qu’on ne le croit, sous l’ancien régime. Un milieu social fortement empreint de croyances élevées était un préservatif assez efficace de l’abaissement moral… Nous disons préservatif et non empêchement absolu que surmonteront toujours les mauvais penchants de la nature déchue.


    Contre l’immoralité, en dehors d’une forte éducation religieuse et de ses salutaires terreurs que vient aider la crainte des sanctions légales, il ne reste que les inventions contre nature des socialistes. Impossible de sortir de là : on ne supprime pas la nature.


    Et encore les mirages séduisants nés dans le cerveau des grands utopistes modernes, Saint-Simon et Ch. Fourier, ne font plus illusion même aux libres penseurs. Il est certain que la masse des ouvriers enrôlés dans l’Internationale gardent un fond indestructible de respect pour la famille, et qu’ils restent attachés à l’amour du foyer, malgré les déclamations inintelligibles pour eux des quelques lettrés nihilistes qui griffonnent la littérature de leur propagande.



    Nous en trouvons la preuve dans l’aventure suivante, où l’un des derniers tenants du fouriérisme se trouve réfuté par deux publicistes de haut grade dans ce que M. About appelle l’armée des singes, où il n’est, lui, qu’un sous-officier d’avenir.


    Dans la séance du 25 avril 1872 de la Société de Sociologie, M. E. de Pompery s’exprima ainsi :


    « Non, la famille, même monogame, n’est pas l’élément social ; elle tend à se transformer ; le développement de notre civilisation l’annule, les besoins de la division du travail et l’introduction des femmes dans les ateliers n’en font qu’un vain mot. Elle entraîne d’ailleurs un cortège de vices hideux : l’adultère, la prostitution, l’infanticide. Pour être conforme au mécanisme social moderne, il faut en finir avec l’institution du mariage, réduire les époux à l’état de contractants purs et simples, sans autre sanction légale que celle qui s’attache aux contrats ordinaires, avec la liberté complète de la séparation laissée aux parties, et sous les réserves seules des intérêts des enfants. On organiserait alors sur une vaste échelle ces crèches, ces asiles, ces pensionnats qui, jetant l’enfant dès sa première heure dans le flot de sa génération, en ferait un citoyen expérimenté à l’état adulte ; on l’arracherait ainsi à ce milieu familial où son instruction est généralement si pauvre, où son éducation est faussée, où il est isolé de ses pairs, où il végète enfin, enfant adolescent, sous la tyrannie paternelle et l’inquisition maternelle qui l’asservissent et l’abêtissent… »


    M. Bertillon objecte que :


    « Les faits sont aujourd’hui entièrement opposés à la manière dont les présente M. de Pompery. Le législateur tend plus que jamais à resserrer les liens de la famille et à lui rendre son indépendance, ses prérogatives. Les masses sont de l’avis du législateur, car leur plus grande préoccupation est de se constituer une famille respectée et indépendante. Les ménages d’ouvriers souffrent extrêmement de cette situation industrielle qui, faisant de la femme un instrument de travail, s’oppose à la réalisation de leur vœu le plus cher, celui de posséder un chez soi ; plus de repas en commun, plus d’affections et de joies intérieures ; le mari est à la peine, la femme est à la peine, l’enfant vagabonde à la merci de tous les hasards.


    Quant au contrat, il existe actuellement, et il est seul valable au point de vue légal, il est vrai qu’il est d’une essence particulière, qu’il est à vie, qu’il entraîne des charges et des obligations spéciales. On peut examiner, mais avec d’extrêmes réserves, s’il n’y a pas lieu de le dénouer dans des circonstances exceptionnelles par le divorce : au-delà, il serait déraisonnable de rien demander… »


    Enfin, M. Wyrouboff fait remarquer que :


    « Dans une réunion récente et nombreuse de médecins éminents, l’avis unanime a condamné les crèches et les asiles. Ce sont des foyers de pestilence et des gouffres de mortalité. Au point de vue hygiénique, il faut absolument à l’enfant une vie à part. Quand on agglomère des enfants du même âge, on crée quelque chose d’équivalent à un hôpital. C’est un inconvénient qu’on ne rencontre qu’à un, degré très-faible dans les familles même les plus nombreuses, car les enfants y sont d’âges différents.


    Je m’étonne que M. de Pompery condamne la famille parce qu’elle a ses plaies. Quelle est l’institution qui n’a pas de plaies ? L’existence humaine en est-elle dénuée ? Faut-il discuter aussi si l’existence humaine est un bien ou un mal ?


    M. Wyrooboff aurait pu ajouter quelles plaies dont se plaint M. de Pompery seraient agrandies par l’adoption de son système. L’adultère y serait à l’état permanent et normal, la prostitution n’y aurait plus de limites, l’avortement y serait presque obligatoire.


    Enfin, au point de vue économique, l’objection la plus grave est celle-ci : la famille dissoute, quel sera le stimulant du travail, de la production et de l’épargne ? Celui qui ne sera plus forcé de travailler pour les siens, travaillera-t-il gratuitement pour les autres ? (Extrait de la Revue politique et littéraire, du 25 mars 1872, page 1144. Nouvelle Série. Tome XXII. 108) »


    Il ne faudrait cependant point s’exagérer le désaccord des libres penseurs sur la famille. Il en est du brusque langage de M. Pompery comme d’Helvétius dont Mme du Deffant disait : « Cet homme-là dit ce que tout le monde pense. » Sans aucun doute la libre pensée est bien le royaume divisé qui périra ; mais toutes les dissidences s’accordent sur un point : la foi en la Révolution.


    M. de Pompery qui pense que la famille nous abêtit, M. Bertillon qui admet le divorce et M. Wirouboff le positiviste, signeraient tous les trois ces lignes de M. Littré :


    « La Révolution française, au plus haut point de son exaltation, rompit les dernières attaches avec le monde ancien ; à quoi n’avaient jamais songé les plus ardentes révolutions d’auparavant. Ce n’a pas été en vain ; depuis elles n’ont plus été vraiment renouées, et chaque jour en emporte quelque fil. La philosophie positive montre que le but du développement social est, un idéal humain où l’on trouve les lois naturelles pour règle salutaire, l’Humanité pour génie bienfaisant, et l’histoire pour pieuse consécration. »


    Ils sont plus nombreux qu’on ne le croit ceux qui prennent les lois naturelles, au sens positiviste, pour règle salutaire ; et qu’il y a peu d’intelligences capables de se défendre contre les complicités de l’histoire !


    Combien d’honnêtes gens adhèrent, avec la plus entière bonne foi, à cette répudiation, ou ne gardent qu’un attachement très-conditionnel à ce monde ancien dont l’histoire ne leur présente qu’un masque répulsif. Et c’est ainsi que la Révolution s’éternise.


    Le temps est venu où ces honnêtes mais funestes connivences n’auront plus l’excuse de l’ignorance, car une heureuse réaction se fait contre tous les mensonges historiques, et l’on peut dès aujourd’hui se déterminer avec connaissance de cause entre le socialisme et le régime familial.


    Le moment est décisif. L’illusion s’est à tout jamais dissipée. Derrière le voile déchiré, sur lequel la Révolution faisait jouer la fantasmagorie d’une renaissance des lettres et des arts, les merveilles d’une science dite rénovatrice, les illusoires horizons du progrès, les menteuses promesses du bien-être et les mystifiantes fictions du libéralisme parlementaire, apparaît, dans toute son horreur, l’effondrement de la société et la menace de ruine du plus beau royaume chrétien… Au lieu de cette belle nation française, modèle des filles de l’Église et leur aînée, qui, à tous les degrés de sa hiérarchie, ne faisait éclore que de nobles sentiments, le monde voit avec épouvante un peuple scindé en deux partis qu’anime, sépare et précipite l’un contre l’autre une haine envenimée : la haine jalouse des pauvres contre les riches que ne tempèrent plus des sentiments chrétiens, refroidis dans les cœurs de part et d’autre. Réflexion personnelle de 2016 du blog saint Michel Archange : Cette réflexion est d’autant plus vrai au XXIe siècle. Le socialisme actuel se montre sous son véritable jour : destructeur, avide et perverti de mille façons.


    Oui, voilà ce qui est la réalité indéniable : l’effacement des vivifiantes traditions nous révèle une société mourante. Voilà ce qu’il faut voir. C’est pourquoi il faut choisir, ou plutôt le choix est tout fait : entre la douce chimère du socialisme théorique des anciens, que sa première tentative d’application a fait passer à l’état de folie furieuse, sur le danger social de laquelle il n’y a plus aucune illusion à se faire, et la résignation aux austères mais bienfaisantes mœurs de la famille, il n’y a qu’une alternative raisonnable, l’acquiescement.


    Maintenant que nous voici départagés entre les séduisantes illusions libérales, qui flattaient notre penchant naturel à l’indépendance de toute loi, et la virile acceptation du devoir, nous touchons à la partie la plus délicate de notre tâche : faire embrasser par une génération éprise d’indépendance rationaliste, le respect de l’autorité dont la nature est un mystère !


    Certes, ce n’est pas chose aisée que d’opérer un tel retournement d’idées, d’habitudes de l’esprit et de point de vue sur les choses, qui change tous les horizons familiers de la pensée et nous force à vivre comme dans un monde entièrement nouveau. Il faut en quelque sorte retourner sur ses pas et rentrer dans les anciennes voies abandonnées.


    Pour nous guider vers cette vieille cité idéale où nous revenons après un long exil, on ne saurait prendre un meilleur cicérone que M. F. Le Play. C’est autant un ingénieur qu’un guide qu’il nous faut, car il s’agit de fouiller sous des broussailles poussées dans les ruines faites par la révolution pour retrouver et dégager l’ordonnance de nos séculaires institutions. Mais M. Le Play unit à l’érudition d’un bon cicérone toute la science d’un ingénieur expérimenté. Avec lui, nous ne risquons pas de nous égarer. Cet homme de bien met une telle conscience à parfaire son œuvre qu’on peut marcher à sa suite avec une entière confiance.


    M. Le Play a eu l’heureuse idée d’appliquer la méthode d’observation à l’étude des questions sociales, étude à laquelle les lettrés ont de tous temps préféré procéder par l’imagination.


    Son nom modeste n’a donc, pas brillé dans la traînée fulgurante mais éphémère des météoriques phalanges réformatrices de 1830, que peuplèrent ses camarades de l’École polytechnique ; mais ce qui vaut mieux, après quarante années d’investigations persévérantes, il nous apporte le fruit de ses patientes recherches. Je ne connais rien de plus respectable que le livre, d’une intelligence saine, qui a coûté quarante ans d’efforts à son auteur. Et par ce livre, La Réforme sociale en France, où il résume avec un soin scrupuleux tous ses travaux, à son tour, M. Le Play a fait école. Il n’est pas de plus digne couronnement d’une carrière honorable que cette pléiade d’hommes distingués qui entourent le maître, et forment le noyau d’un concours fécond de collaborateurs.


    Déjà des ouvrages importants sont venus se joindre à l’œuvre capitale. Notre intention n’est point ici de résumer les travaux de cette école, cela ne se peut, ni ne doit se faire. On ne saisit point un aperçu de tels livres, il faut les étudier. Celui qui veut prendre part à la restauration sociale doit y apporter la même ardeur que nos pères ont mise à tout perturber ; et par les points principaux que nous devons nous borner à signaler ici, on peut voir que la réédification de l’esprit de famille exigera toute une révolution dans la vie moderne.


    Nos lecteurs ont une idée des changements qu’il faudra apporter dans nos habitudes par le livre qui est dans toutes les mains où l’un des collaborateurs de M. Le Play, M. Charle de Ribbe, dans Les Familles et la Société en France avant la Révolution, a mis au jour des documents originaux qui sont toute une révélation. Par les Livres de raison, que l’auteur étudie dans cet excellent ouvrage, la vie intime des anciennes familles est mise sous nos yeux et nous en voyons agir les ressorts principaux, dont la force unique réside dans la religion profondément reçue, sentie et vécue.


    M. Moreau d’Andoy, docteur en droit, a publié en Belgique, car M. Le Play compte des disciples dans toutes les nations, un très-bon volume sur le Testament selon la pratique des familles stables. Le droit de tester est un des points importants de la doctrine de cette école.


    Si dans le Livre de raison se voit l’hygiène de la famille, on en trouve le ver rongeur dans le partage égal des biens.


    Au congrès de Vienne, en 1815, les Anglais insistaient pour que l’on restreignit les frontières françaises du dix-septième siècle. Leur représentant n’ayant pu obtenir à cet égard ce que sa nation demandait, laissa échapper cette exclamation prophétique : « après tout, les Français sont suffisamment affaiblis pas leur régime de succession. » Ce chapitre funeste de notre code civil, dans ses principes et ses conséquences, est doctement étudié dans le livre de M. Moreau, et ses conclusions, comme celles de toute étude intelligente, aboutissent nécessairement au contre-pied de la Révolution dont nos codes sont le formulaire.


    Toute l’école de M. Le Play n’est qu’une honnête conjuration contre les principes de 89, et les sept livres dans lesquels se classent, se coordonnent et se condensent les soixante-neuf chapitres de son œuvre magistrale, la Religion, la Propriété, la Famille, le Travail, l’Association, la Hiérarchie, le Gouvernement, sont autant de réquisitoires accablants pour la Révolution et un victorieux démenti à ses ineptes ou coupables historiens et apologistes.


    Trois points principaux dominent dans les vérités sociales que cette école met en lumière :



    1. La nécessité de rétablir la liberté testamentaire ;
    2. L’indispensable reconnaissance de la supériorité et des devoirs des classes dirigeantes ou autorités sociales ;
    3. L’importance absolue de garder et d’observer fidèlement la loi du Décalogue, si nous voulons retrouver la paix sociale et les mœurs des peuples prospères.


    Aucune loi n’est utile à l’homme si elle ne lui est imposée par une sanction. Et la famille, ce premier sanctuaire gardien de toutes les lois, est dépourvue de toute sanction par le partage égal des biens, c’est-à-dire par l’autorité et les droits des enfants substitués à l’autorité et au droit du père, d’où, résulte inévitablement, la destruction du foyer.


    Aucune société n’est durable ni possible, sans la subordination de ses membres à la loi de hiérarchie et leur obéissance aux devoirs selon le rang de chacun dans la société. Cependant, par la, fausse prétention à l’égalité, nul ne se croit plus tenu à l’observance d’aucune règle ni au respect de personne : ceux des rangs inférieurs méprisent et jalousent les fonctions supérieures, et ceux qui occupent ces rangs élevés ont eux-mêmes perdu toute notion des charges morales qui incombent aux classes dirigeantes. Les horreurs de l’anarchie sont la terrible sanction du déni de subordination.


    La famille comme la société n’existent que par et pour la glorification de la foi. La prospérité sociale est le fruit naturel et divin acquis aux hommes qui observent la loi de Dieu donnée dans le Décalogue et dans l’Evangile ; la déchéance de la famille, la décadence et la ruine des peuples sont la sanction inéluctable de l’apostasie de cette loi. Seconde réflexion personnelle de 2016 du blog saint Michel Archange : ce paragraphe est le résumé de ce que disent unanimement les plus grands saints !


    On comprend, par la seule énonciation de ces frappantes vérités, qu’il faudrait rédiger tout un volume pour en donner un résumé analytique. Or, ce livre n’est point à écrire, il a été fait et bien fait par M. F. Le Play.


    Dans la Réforme sociale en France se trouvent réunies méthodiquement toutes les traditions et les preuves expérimentales de cette science première des sociétés humaines. Ce livre n’est que l’humble paraphrase du Livre par excellence, la Bible, en ce qui concerne le côté économique et pratique de la question sociale. Son prudent et modeste auteur n’a pas la sotte prétention d’apporter des vérités nouvelles, ni de réformer les manifestations de la créature de Dieu en ce qu’elles ont d’essentiel. Toute son ambition se borne à noter exactement les lois sociales manifestées par des coutumes séculaires et universelles, à signaler les funestes effets de toute déviation à ces lois et à constater le désordre social où nous sommes plongés, à notre tour, comme tous les peuples qui, avant nous se sont égarés dans ces déviations. En un mot, ce livre est un témoignage laïque, rendu en toute simplicité et honnêteté à la vérité enseignée, depuis le commencement du monde, par la doctrine catholique.


    Devant ce simple témoignage qui, après trois siècles de vaines prétentions réformatrices de nos doctrines invariables, vient répéter : Il faut se soumettre au Décalogue et à l’Evangile, nous osons à peine signaler d’autres livres où se traînent encore les mêmes prétentions impuissantes et perpétuellement déçues.


    Nous ne pouvons point cependant nous en dispenser, car les traditions nous arrivent altérées par leur passage à travers le perpétuel conflit des luttes passionnées de toutes les générations, des sectes et des partis contre l’autorité primitive et nécessaire, base de la société : il importe donc de ne pas se tromper sur la nature essentielle de l’autorité et sur le caractère de ses ennemis.


    Si nous nous sommes bien fait comprendre, l’erreur populaire qui substitue les prétendus droits naturels de l’homme au juste droit de Dieu, n’est pas la plus dangereuse, car elle est jugée immédiatement par l’absurdité de son application impossible et ses épouvantables effets ; mais le danger consiste principalement dans ces déviations du sens moral dont les effets, à plus longue échéance, amènent cette perturbation insensible des intelligences qui désoriente profondément la direction sociale. Et le malheur consiste surtout en ce que les fauteurs de cette dépravation sont eux-mêmes trompés par mille prétextes artificieux et, souvent de bonne foi, masquent leur égarement sous un appareil de sagesse, de science, d’habileté et paraissent ainsi plutôt subir l’empire de nécessités inexorables que céder à des calculs mal intentionnés. Ici, ce ne sont plus les naïfs aveuglements populaires qui, pour se débarrasser du fardeau des misères d’ici-bas, se dressent brutalement contre Dieu ; mais plutôt les hautes séductions de l’orgueil humain, qui veut ruser avec l’inéluctable loi et intrigue pour s’exonérer de l’obéissance aux humiliations expiatrices. Pour parler net, c’est l’impénitence des autorités infidèles, des grands, des juristes et des lettrés qui ont soulevé à travers les siècles les idolâtries, les hérésies, les sectes et le parlementarisme révolutionnaire hypocritement appuyé sur les suffrages du peuble abusé. Troisième réflexion de 2016 du blog saint Michel Archange : La France se trouve précisément engluée dans cette terrible dérive qui consiste à renier jusqu’à l’existence de Dieu avec toutes ses conséquences les plus graves pour la suite !


    Contre cette séculaire et universelle apostasie satanique, l’Église lutte depuis le commencement du monde, et jusqu’ici le monde coupable gardait pour cette divine auxiliatrice une apparence de respect ; mais, à cette heure, sectaires, sceptiques et habiles sont unanimes dans leur conjuration ouverte ou dissimulée contre l’Église, seul vrai palladium de l’autorité. Caveant !… Quatrième réflexion de 2016 du blog saint Michel Archange : tout ceci est actuellement vérifiable…


    M le comte Agénor de Gasparin a publié trois volumes sur la question de la famille. Dans les deux premiers, La Famille, ses devoirs, ses joies et ses douleurs, on trouve tout ce qu’un écrivain de talent peut broder sur ce thème poétique. La pensée intime de l’auteur, cachée sous la profuse floraison d’une rhétorique très-étudiée, ne se trahit que dans L’Ennemi de la Famille, volume récent qui nous révèle, à la page 139, ceci :


    « Au nom de l’Évangile, le socialisme tend à saper la famille par ses deux bases : le mariage et la propriété. L’usage que le socialisme fait en ceci de la Révélation n’est pas nouveau. Les Pères (de l’Église) ont donné l’exemple. Personne plus qu’eux n’a propagé le faux principe en vertu duquel quiconque garde ses biens et se marie, s’il ne pèche pas précisément, se place néanmoins sur un niveau rabaissé. On sait ce que l’Église romaine a fait de la théorie dans les pays de race latine, où une rigoureuse logique en a tiré toutes les conséquences, où l’habitude du despotisme pour les uns, des lisières pour les autres, en a favorisé tous les développements. Le couvent y a démoli la propriété, le célibat religieux y a démoli le mariage ; on possède toujours, on se marie encore, mais le mariage et la propriété sont deux suspects et tout chrétien d’élite les regarde du haut en bas. »


    Et encore :


    « Les modernes réformatrices seraient bien étonnées d’apprendre qu’en déconsidérant le mariage, qu’en le regardant comme une servitude, elles continuent Grégoire VII ! »


    En résumé, aux yeux de l’auteur, l’Ennemi de la Famille, c’est l’Église. Tout le livre n’est écrit que pour insinuer cette monstruosité. Du reste, livre sans critique littéraire où M. Le Play n’est pas même nommé. Ce volume est un des plus malhonnêtes livres que je connaisse. L’auteur y est tellement emporté par la passion qu’il n’y garde pas même la décence. Mais M. le comte de Gasparin a une excuse : il est protestant… Et tous les catholiques, instruits savent de quel enténèbrement intellectuel le protestantisme est capable.


    Pour ne négliger aucune des données traditionnelles dont se forment les opinions courantes sur la famille, nous aurions à mentionner les idées libérales :


    « Cette école qui ne domine, dit Donoso Cortès, que lorsque la société se dissout ; le moment de sa domination est ce moment transitoire et fugitif où le monde ne sait s’il choisira Barabbas ou Jésus, et demeure en suspens entre une affirmation dogmatique et une négation suprême. La société alors se laisse volontiers gouverner par une école qui jamais n’ose dire : J’affirme, qui n’ose pas non plus dire : Je nie, mais qui répond toujours : Je distingue. »


    Le livre de M. Baudrillart, membre de l’Institut, La Famille et l’éducation en France, est un parfait échantillon de cet esprit accommodant et sage qui connaît le mal, mais trouve un peu outrés les principes qu’on lui oppose, et aboutit prudemment aux catastrophes.


    Nous ne trouverons pas ici l’emportement passionné de tout à l’heure, l’écrivain est trop au courant des choses pour traiter de la famille sans parler de M. Le Play, mais il en critiquera les idées qu’il désapprouve un peu avec toutes sortes d’égards pour l’auteur ; tout au plus osera-t-il dire :


    « Il écrit avec une gravité simple. »


    Quant aux anciennes coutumes auxquelles ce système voudrait nous ramener, voici ce qu’on peut en penser :


    « Ce n’est pourtant pas sans raison que l’Europe s’éloigne de ce régime. On en a maintes fois décrit les inconvénients, qui étaient allés croissant : inconvénients moraux au sein de la famille même, manifestés par l’oppression et l’arbitraire, la froideur ou l’hostilité ; inconvénients économiques par l’abus de la mainmorte. Le principal tort du système, qui explique les autres, est d’être en contradiction avec la liberté individuelle, c’est-à-dire, on le reconnaît, avec le principe sur lequel se fondent aujourd’hui des constitutions plus fécondes et non moins stables que celles de l’ancien régime. »


    Jouissant d’institutions plus fécondes et non moins stables que celles de l’ancien régime, institutions qui ne contredisent pas à la précieuse liberté individuelle, on s’étonnera que le savant écrivain ait commencé un livre sur la famille par une peinture terrifiante de l’état moral manifesté par la Commune. Mais c’est là une de ces contradictions que l’on rencontre dans les plus savants et les meilleurs écrivains. Et du reste nos monuments incendiés, nos magistrats et nos pontifes assassinés n’empêchent pas plus, la société de jouir de toute la stabilité qu’elle comporte, que l’impiété de tous et de chacun n’y détruit la religion et la morale nécessaires. Écoutez sur ce point quelques remarques rassurantes :


    « On dit avec raison que l’État est laïque. Laïque, oui, mais non pas athée. Dieu intervient dans les actes de la vie civile par le serment. De plus, l’État protège toutes les religions qui ne blessent pas la morale… »


    D’ailleurs,


    « L’Église non plus n’est pas sans obligations morales. Qu’elle enseigne à respecter les autorités voisines et à vivre en paix avec elles comme avec la société moderne. Qu’elle tempère, qu’elle avertisse les empiétements et les exigences excessives de son jeune et ardent clergé. »




    « Croire que tout soit irréprochable au point de vue de l’éducation dans les maisons religieuses est une erreur pourtant. Elles ont leurs défauts propres. Nous ne ferons qu’une remarque. Tout, dans les maisons d’éducation congréganiste, relève de la religion, du catholicisme, enseignement, morale même. Le mal y est représenté surtout comme une infraction positive à un commandement ; la morale pure, le fais ce que dois, s’y détache beaucoup moins avec ses obligations étroites. N’y a-t-il pas excès déjà dans ces tendances à tout faire porter sur le dogme et dans la pratique sur le mysticisme ? Il faut beaucoup de sagesse pour ne pas exagérer ces pentes naturelles. »


    On le voit, en toutes choses il suffit de ne rien exagérer. Aussi M. Baudrillart ne rêve-t-il aucune réforme de l’ordre social, mais seulement quelques modifications dans nos méthodes pédagogiques, car :


    « Les inconvénients seraient immenses de nos jours à ne pas élever un enfant en vue de son temps ; il y en aurait de non moins graves à perdre de vue que cette société a aussi ses pentes funestes. »


    Nous n’avons pas ici à discuter de pédagogie en tant que préparation technique aux carrières spéciales ; tout notre souci est bien plutôt de barrer les pentes funestes sur lesquelles la société se laisse glisser avec un aveuglement épouvantable. Et c’est pour cela qu’avec l’école de M. Le Play nous nous enquérons des traditions anciennes afin de retrouver la stabilité des époques prospères. Non pas que nous nous fassions à plaisir des illusions sur la prospérité du temps passé. Nous savons que tous les siècles ont eu leurs périodes fortunées suivies de jours calamiteux. Après les victoires de Josué, l’Arche tombe aux mains des Philistins ; les règnes héroïques et glorieux de David et de Salomon sont immédiatement suivis de la révolte victorieuse de Jéroboam, et Israël reste à jamais divisé ; notre admirable saint Louis a bientôt pour successeur Philippe le Bel, qui déshonore son héritage, et le grand et fécond treizième siècle n’a point préservé la patrie des malheurs du quatorzième ; enfin la France, arrivée sous Louis XIV à l’apogée de sa gloire, avec son second successeur, le malheureux Louis XVI, sombrera dans toutes les hontes de la Révolution.


    Il ne s’agit donc pas d’exagérer la portée de nos malheurs actuels en oubliant ceux des époques précédentes ni de déprécier notre temps pour exalter les prospérités d’autrefois. Quand l’école, dont les études portent avec juste raison principalement sur la famille, parle des époques et des peuples prospères, elle n’ignore point que de tous temps les peuples ont eu leurs revers et leurs misères. Mais, que l’on y fasse sérieusement attention, il est des revers, des misères et des fautes dont les peuples ne se relèvent pas et qui emportent à tout jamais la ruine d’une nation !… Il s’agit de savoir si nous avons commis une de, ces fautes, et si nous voulons la réparer ou périr ? L’école de M. Le Play pense que nous avons porté atteinte à la société dans son principal élément, la Famille, et elle enseigne les moyens de conjurer les conséquences de cette grave atteinte.


    Nous déclarons ici formellement que nous croyons cette doctrine dans la vérité.


    La seule restriction ou réserve que puisse peut-être suggérer l’intérêt qui s’attache à cette école et la sympathie qu’inspire son digne chef, c’est la crainte de lui voir mettre trop de confiance dans l’efficacité des voies légales et des moyens de publicité.


    Sans doute les lois ont une grande importance et, puisque les formules légales sont l’expression des idées et des mœurs d’un peuple, il faut travailler à éclairer l’esprit public et réfuter les erreurs qui l’aveuglent. L’influence désastreuse qu’a eue sur nos familles et nos biens la loi sur le partage des successions suffirait à prouver l’importance sociale d’une loi spéciale et qui ne semblait viser que des intérêts purement matériels. Mais ce cas particulier n’échappe point à la règle générale et le législateur n’a pu en cela que formuler nos idées sur le droit et la justice.


    C’est ici le nœud de la question. La voie expérimentale ne suffit pas à prouver les avantages de la domination, de l’ordre moral sur l’ordre matériel.


    La, hiérarchie, c’est-à-dire l’autorité sacrée, est tellement au-dessus de notre portée rationnelle qu’elle rencontrera toujours l’invincible opposition de la raison humaine. Notre raison ne saisit pas la nécessité d’obéir, il y faut la foi ou la contrainte. On trouve trop facilement l’autorité injuste et ses dispositions iniques… Les raisonneurs tendent toujours à relâcher les règles disciplinaires.


    C’est pourquoi, à notre humble avis, l’histoire démontre la nécessité d’employer simultanément la vertu des saints et la contrainte légale. L’une qui donne l’exemple du sacrifice et inspire les dévouements personnels, l’autre qui contraint à la soumission.


    Ce qu’il nous faudrait surtout c’est le secours des hommes apostoliques. Les grands relèvements des nations après les grandes fautes et les grands châtiments ne s’obtiennent que par un élan religieux, car les forces purement humaines sont toujours et désormais insuffisantes.


    Si la révolution a été par dessus tout une école de vanité, d’outrecuidance, d’orgueil et de haine destructrice, la famille comme l’Église est une école d’humilité, de respect et d’amour édificateur. Il faut cependant le reconnaître, il n’a pas été donné à l’Église d’empêcher les hérésies de naître et la Révolution d’éclater définitivement ; mais elle est incontestablement un pouvoir défenseur et réparateur. Sa sainte doctrine, ne possède pas assez nos cœurs pour les maintenir au-dessus, de la perversion et nous préserver des défaillances ni des catastrophes ; mais tant qu’elle garde une réserve de quelques âmes d’élite, cela suffit aux relèvements réparateurs de la patrie.


    Telles sont les promesses de l’Ecriture, desquelles, comme nous l’ayons vu, s’inspire le témoignage rendu aux traditions anciennes par l’école dont l’objet principal en est la restauration. L’heureux symptôme d’amélioration de l’esprit public que montre la seule possibilité de voir des laïques parler un tel langage sans tomber sous le ridicule, pour si distingués que soient ces hommes, ne doit-il pas nous donner espoir ?


    Tout est sauvé encore une fois, si la France sait correspondre à ces signes encourageants de la Providence !… Pour cela, il faut embrasser avec énergie la foi à l’esprit surnaturel des institutions séculaires qui ont fait la gloire de notre race, et repousser tout compromis avec les séductions révolutionnaires plus ou moins dissimulées.


    Établir ce point et l’opposer à toutes les vaines contradictions des systèmes, nous a semblé la meilleure manière de traiter la profonde et si haute question de la famille.


    Nous ne Saurions trop insister Sur cette vérité capitale que, surtout de notre temps, on perd trop de vue : la famille ainsi que la doctrine religieuse dont elle fut la manifestation initiale, nous propose des préceptes au-dessus des forces humaines et cultive en nous des vertus surnaturelles. C’est dans la famille comme dans l’Église que s’élabore et s’accomplit le miracle de l’éducation : c’est par ce double foyer sacré, à l’origine condensé dans le foyer patriarcal, que l’homme est ÉLEVÉ, surmonte sa nature, est exalté dans la communion divine… Et le fond de ce mystère, c’est le dévouement pieux, le sacrifice.


    L’esclavage et la plèbe des temps antiques n’étaient que les limbes infimes où tombaient et se tenaient, sous la protection des âmes héroïques, les hommes qui n’avaient pas su se dévouer et refusaient lâchement le salut sacrificiel.


    L’humanité n’a pu porter aucune des lois de Dieu sans faillir, et nous avons dans tous les siècles trahi tous nos engagements. C’est pourquoi il a fallu que la Famille fût un foyer d’austères vertus, la Patrie, une école d’héroïsme, et l’Église, un sacrement de sainteté.


    Tout cela est au-dessus de nos forces, mais tout cela nous est imposé. Dieu connaît bien sa créature, et il est écrit que nous serons attirés de haut !


    L’homme est ainsi fait, et c’est de lui que parle ce proverbe :


    « Il faut nécessairement exiger le plus, si l’on veut obtenir le moins. »


    Quand nous ne visons pas très-haut notre idéal, nous sommes sûrs de manquer le but et d’aboutir très-bas.


    Par la Chute, nous avons été humiliés d’une ardeur cupide pour tous les abaissements : nous avions été créés pour aimer le ciel comme notre patrie, et nous nous vautrons bêtement dans les luxures terrestres ; mais pourtant, grâce à Dieu, ce sont des hommes déchus dont l’amour relevé bâtit la cité céleste.


    L’homme, cette vivante antithèse, incarnation d’une inconciliable antinomie, est un abîme de contradiction ; la raison dont il est si fier, il ne s’en sert le plus souvent que pour déraisonner. Depuis le colloque avec Satan, quiconque dit ou dira à cette intelligence enténébrée qu’il va lui appartenir de prononcer le fiat lux d’une lumière infaillible, est assuré de la séduire ; mais, par notre déchéance même, il nous est donné cette haute destinée d’être rachetés par Jésus, et de nous unir à son sacrifice par la surhumaine obéissance au mystère de l’autorité. L’homme enfin est le seul être ici-bas appelé à connaître Dieu, l’aimer et le servir, et c’est là toute notre grandeur ! »


    Antonin du VELAY.
    Léonce de la RALLAYE.

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